Huffington Post | L’identité hydro-québécoise du Québec

NB: Ce texte a d’abord été publié sur le site du Huffington Post Québec, le 11 mars 2014.

 

Richard Bergeron, chef de l’opposition au Conseil municipal montréalais a appelé les partis provinciaux, dans le cadre de la campagne électorale, à faire de Montréal «la Baie-James moderne.» Le chef de Projet Montréal précise: «Quand on a fait le projet de la Baie-James, ce n’était pas pour gagner la circonscription du Nord-du-Québec ou d’Abitibi-Ouest: c’était un projet d’ambition québécoise.»

C’est dire la valeur symbolique que conservent les grands travaux hydroélectriques des années 1970 dans l’imaginaire collectif au Québec. C’est précisément l’histoire de cette édification symbolique et identitaire qu’a écrite l’historien Stéphane Savard dans son ouvrage Hydro-Québec et l’État québécois (1994-2005), étude inspirée de sa thèse de doctorat. Un livre aussi fascinant et passionnant que rigoureux et documenté.

style="float:Appuyé par l’analyse de nombreux discours électoraux, de débats à l’Assemblée nationale ou de documents produits par Hydro-Québec, l’auteur montre la «remarquable continuité» dans la construction des représentations symboliques autour du développement de l’hydroélectricité au Québec depuis aussi loin que les années 1930. Même si l’histoire moderne de la société québécoise est traversée de constantes «luttes de représentations», la politique énergétique et Hydro-Québec n’ont cessé d’être les vecteurs de la construction de ce territoire imaginé.

Savard résume ainsi: «La mise en valeur du potentiel énergétique du Québec, les représentations associées à l’exportation de l’énergie électrique, la promotion de l’émancipation économique, le poids d’Hydro-Québec dans la promotion d’une modernité technologique, ainsi que la présence mémorielle des réalisations de la Révolution tranquille sont autant d’exemples qui montrent que les responsables politiques cherchent souvent à assurer une continuité dans les interventions, orientations et symboles de l’État québécois» (pp.397-398). Tout au long de son histoire, «il appert qu’Hydro-Québec devient rapidement un des principaux acteurs de la construction d’un espace québécois imaginé» (p.78).

L’auteur illustre de manière convaincante qu’Hydro-Québec a été constamment instrumentalisée afin de bâtir le Québec, à la fois par l’appropriation et l’occupation du territoire (réel comme imaginé), par le développement d’une modernité économique et scientifique et par la génération de la société et de l’identité québécoises avec ou sans l’Autre, particulièrement en relation avec les Premières nations. Comme le souligne Richard Bergeron, il ne s’agissait bien évidemment pas de mettre de l’avant des projets hydroélectriques uniquement pour la Côte-Nord ou pour la Baie-James, mais bien au bénéfice de l’ensemble du Québec. D’ailleurs, dans un discours célèbre de 1954, Duplessis disait à propos de la centrale Bersimis, la première construite par Hydro-Québec entre 1953 et 1956, au nord de Forestville: «Il y a du monde ailleurs qu’au centre de la province. Celui-ci a tout ce qu’il lui faut. Nous ne lui enlevons rien, mais nous voulons donner justice à toutes les régions» (p.138).

Il était clair pour Duplessis, incidemment, que le développement d’Hydro-Québec devait profiter aussi à Montréal. Ainsi, par la loi 48 de 1946, le gouvernement de l’Union nationale obligeait Hydro-Québec et les compagnies d’électricité privées à une taxe provinciale qui a servi «exclusivement à créer un fonds destiné à l’éducation qui rendrait possible la diminution des dettes scolaires et ainsi l’amélioration du système scolaire. Reflétant les priorités de l’UN qui cherche d’abord et avant tout à encourager l’éducation des ouvriers et des cultivateurs, ce fonds permet entre autres le remboursement de la dette scolaire de la ville de Montréal» (p.305).

L’aspect identitaire de cette édification nationale traverse l’analyse de Stéphane Savard. Il n’est pas innocent de constater la constance de l’usage de certaines métaphores au cours du dernier demi-siècle. Ainsi de ce discours important préparé par Daniel Johnson père pour célébrer l’inauguration du barrage Manic-5 le 26 septembre 1968 – discours qu’il n’a jamais prononcé puisqu’il est mort quelques heures avant la cérémonie – qui vaut la peine de citer puisqu’il «vise indubitablement à frapper l’imagination citoyenne»: «Nous avons découvert par exemple qu’avec les moyens d’aujourd’hui, nous pouvions changer bien des choses, même la géographie, modifier le cours des rivières les plus impétueuses, combler des vallées, déplacer des montagnes et faire surgir derrière des murailles comme celle-ci d’immenses nappes d’azur. Les techniques continueront sans doute d’évoluer, mais ce barrage, avec ses voûtes et ses contreforts qui le font ressembler à une cathédrale géante, restera comme un monument impérissable à l’ingéniosité et au dynamisme du Québec d’aujourd’hui. (…) Cet arrière-pays qu’on appelait jadis la Terre de Caïn est devenu véritablement une Terre des Hommes.» (pp.389-390).

La puissance de la poésie des mots choisis par Johnson montre à quel point l’importance de cette construction identitaire dans l’imaginaire québécois. Car l’identité d’une nation ou d’un peuple se bâtit essentiellement par des référents imaginaires, mais concrets, n’en déplaise à plusieurs qui souhaiteraient l’imposer par des slogans, des logotypes ou une Charte des valeurs. L’ouvrage de Stéphane Savard constitue un apport considérable, à cet égard, à une meilleure compréhension de ce que constitue l’imaginaire identitaire québécois.

En terminant sa lecture, je me suis rappelé les dernières lignes du magistral livre de Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise (Boréal, 1993, p.352), qui mériterait largement une relecture en ces temps troublés: «Ou bien l’individu se réfugie dans l’enclos de la vie privée et, croyant ainsi jouir de sa liberté, il abandonne aux pouvoirs anonymes le soin de déchiffrer l’histoire. Ou bien il décide de contribuer à l’édification d’une référence habitable autrement que dans les coutumes devenues insuffisantes. Alors il devient ce que déjà lui prédisait l’apprentissage de la lecture: le citoyen d’un pays, le responsable d’une histoire, le participant à un imaginaire collectif.»

Hydro-Québec et l’État québécois: 1944-2005, de Stéphane Savard (Septentrion, 2013, 436 p., ISBN 978-2-89448-756-3, 39,95$).

Librairie Raffin | Economix

NB: ce texte a été publié originellement le 18 octobre 2013 sur le site de la Librairie Raffin.

 

Vingt-cinq ans après avoir eu mes premiers cours universitaires d’économie, il est étonnant et rafraîchissant pour moi de lire une histoire des idées et des faits économiques… en bande dessinée! L’auteur new-yorkais Michael Goodwin et l’illustrateur Dan E. Burr réussissent, dans Economix à présenter une histoire de l’économie en BD pédagogique, parfaitement accessible au non initié sans sacrifier l’explication rigoureuse. Il s’agit là d’un ouvrage pédagogique, mais aussi critique envers le développement de l’économie capitaliste.

On y présente à la fois l’évolution de notre système économique depuis la révolution industrielle et l’histoire de la pensée économique qui s’est développée parallèlement. Surtout: l’auteur a l’intelligence de montrer que le développement des idées économiques est inséparable de celui du capitalisme. À titre d’exemple, dès le début de l’ouvrage, on montre combien la pensée d’Adam Smith, le «fondateur» de la pensée économique libérale classique ne se réduit pas à un panégyrique du libre-marché mais qu’il s’opposait, fondamentalement, à tout pouvoir arbitraire – et notamment à la collusion entre le pouvoir politique et économique.

En 300 pages qui se lisent d’un trait, les auteurs font un tour d’horizon du développement de l’économie politique et du capitalisme, du 19e siècle à aujourd’hui. Les débats les plus récents – Occupy Wall Street, problèmes environnementaux, spéculation, par ex. – y sont présentés, ce qui permet de mettre en perspective notre monde actuel avec ses racines historiques. Soulignons, de plus, de nombreux renvois explicites qui permettent de faire ces liens avec le passé, ce qui apporte un éclairage supplémentaire aux problèmes contemporains. Sans compter que de nombreuses citations de grands auteurs invitent à approfondir la réflexion.

Après avoir complété la lecture de Economix, on retient du point de vue critique des auteurs que l’évolution du capitalisme est une grande histoire qui, malheureusement, se répète à bien des égards : la concentration des pouvoirs économiques et politiques (et leur collusion) mène à des décisions de court terme souvent catastrophiques comme le lent développement de la pensée économique qui est généralement récupéré, et travesti, par les détenteurs de pouvoir.

L’humour est aussi au rendez-vous : l’auteur, mis en scène (en dessins) par l’illustrateur, montre parfois son incompréhension de certains phénomènes ou de certains concepts – et accompagne ce faisant le lecteur à mieux les appréhender. Sans compter les colères de Marx contre ses prédécesseurs ou le désespoir de Smith face aux détournements de sens de sa pensée.

Je considère que Economix doit être mis entre toutes les mains : voilà une excellente initiation aux phénomènes économiques et politiques qui nous touchent tous directement à titre de citoyens, travailleurs, chômeurs et consommateurs. L’objectif des auteurs est manifestement d’outiller leurs lecteurs afin de les aider à mieux participer au débat public. En ce sens, ils peuvent se vanter de l’avoir atteint.

RÉFÉRENCE:

Economix : La première histoire de l’économie en BD par Michael Goodwin, illustrations de Dan E. Burr, Les Arènes, 2013, 304 p., 26,95$

Paul Desmarais, icône du capitalisme romantique (audio | Radio-Canada)

Suite à la mort de Paul Desmarais, Michel Désautels m’a invité à revenir sur le parcours du milliardaire fondateur de Power Corporation à son émission «Désautels le dimanche», le 13 octobre 2013.

La légende du monde des affaires du Canada, Paul Desmarais, est mort dans la nuit de mardi à mercredi, à l’âge de 86 ans. Toute la semaine, se sont succédé les témoignages de gratitude et d’admiration envers le milliardaire discret, le généreux mécène, le fédéraliste engagé et l’investisseur au flair sans faille. Le genre d’empire construit par Paul Desmarais (Power Corporation et ses nombreuses filiales) et les relations qu’entretenait le magnat avec la gent politique ne sont cependant pas sans soulever certaines critiques.

La pagaille

NB: ce texte a été publié originellement le 27 janvier 2013 sur le site du Voir.

 

On croit que, lorsqu’une chose finit, une autre recommence tout de suite.
Non. Entre les deux, c’est la pagaille.
Duras, Hiroshima mon amour.

 

 

Jeudi dernier à son émission, Marie-France Bazzo posait à Pierre-Yves McSween et moi la redoutable question : peut-on réformer le capitalisme ? Sous-entendu : quatre ans et demi après la débâcle financière de 2008, qu’est-ce qui a changé ? Où en sommes-nous ? Où allons-nous ? Alors que les principales économies mondiales, à commencer par celles de l’Europe et des États-Unis, stagnent plutôt que de retrouver le chemin de la croissance, on peut se demander si le capitalisme n’est pas en train de s’essouffler voire de s’effondrer. On annonçait même cette semaine que la Grande-Bretagne risquait de tomber en récession pour une troisième fois depuis le début de la crise – une troisième fois ! – alors qu’elle a tout de même l’une des économies les plus solides au monde.

 

Une machine à bouffer le pouvoir politique

La critique, plus ou moins radicale, du capitalisme semble être à la mode depuis le début de la crise. On y accorde beaucoup de place dans l’espace public – ce qui a fait apparaître nombre de sottises sur la nature même de ce capitalisme. On le diabolise ou on l’assimile à l’ensemble des caractéristiques de notre économie. Deux interventions à la discussion de Bazzo.tv sont à cet égard remarquablement représentatives de ces simplifications. Alors que Joseph Facal affirme que le capitalisme serait né à la fin du Moyen Âge, Paul St-Pierre Plamondon en rajoute en soutenant qu’il « a toujours été là, même au Moyen Âge ou même chez les Romains. » M. Facal complète le portrait en laissant sous-entendre qu’il n’y a qu’une alternative au capitalisme : « au 20e siècle les sociétés qui ont voulu sortir du capitalisme et construire autre chose ont sombré dans la pauvreté, la perte des libertés – le communisme on a essayé ça. »

Ces idées illustrent bien la confusion des débats actuels. On assimile au capitalisme certaines de ses caractéristiques, notamment la présence des marchés. Or les marchés ont existé dans à peu près toutes les civilisations et époques. On oppose au capitalisme des sociétés communistes qui tueraient la richesse et la liberté. Il y a pourtant plusieurs exemples historiques et contemporains qui s’y opposent.

Autant les défenseurs du capitalisme que ses opposants les plus radicaux colportent trop souvent ce type de faussetés. Au final, on diabolise toute forme d’activité économique – ce qui constitue bien évidemment un non sens.

Le capitalisme est l’une des caractéristiques du mode d’organisation économique le plus généralisé sur la planète en ce début de 21e siècle. Il est né avec la révolution industrielle et a pris toute son ampleur au milieu du 19e siècle. De fait, le mot « capitalisme » lui-même n’a véritablement été utilisé dans son acception exacte qu’en 1817 par David Ricardo – un immense penseur de l’économie libérale classique – en écrivant, par exemple : « si le drap ou les étoffes de coton se divisent entre l’ouvrier et le capitaliste, la part du dernier ne s’accroîtra qu’aux dépens de celle du premier. » [1]

Dans cette petite phrase se trouve la caractéristique du capitalisme né, non pas au Moyen Âge mais bien à la fin du 18e siècle : l’existence de capitalistes, d’individus propriétaires des capitaux, c’est-à-dire des moyens de production, et de travailleurs qui ne le sont pas.

Certes, depuis 200 ans, le capitalisme a évolué, s’est transformé – mais c’est cette caractéristique fondamentale qui le distingue des autres systèmes d’organisation économique que nous avons connu dans le passé. Basé sur la propriété privée des moyens de production, il permet l’accumulation du capital – i.e. l’enrichissement – de ces propriétaires qui s’accaparent, avec le temps, un pouvoir de plus en plus grand sur l’organisation économique, puis sociale et politique, des nations. Au final, cette organisation particulière de la vie économique permet aux propriétaires des moyens de production (pour reprendre une formulation un peu vieillotte) d’obtenir un pouvoir de plus en plus grand – ce qui accroit inéluctablement les inégalités économiques. Le capitalisme est ainsi une machine à bouffer le pouvoir politique par le pouvoir économique. On peut le constater quotidiennement par la force des grands lobbys industriels mais aussi par la perversion du discours politique qui intègre totalement la logique économique.

 

Au milieu de nulle part

Cette machine à bouffer le pouvoir politique en est aussi une terriblement destructrice à maints égards. Il y a 40 ans, le Club de Rome, un groupe de réflexion sur les problèmes globaux de notre temps publiait un rapport commandé à un groupe de chercheurs du MIT, The Limits to Growth [2] (en français : Halte à la croissance). Résultat d’un travail de simulation informatique audacieux et innovateur, il présentait plusieurs scénarios d’évolution de l’ensemble de la planète jusqu’en 2100.

En deux mots, ces simulations prévoyaient que la croissance démographique, la poursuite de l’industrialisation, l’accroissement de la pollution, l’exploitation des ressources naturelles et la production alimentaire suivaient des courbes exponentielles et nous mèneraient, à terme, à l’effondrement du système économique tel que nous le connaissons. De fait, nous vivons actuellement trois crises qui se nourrissent l’une l’autre : (a) une crise financière nourrie par une spéculation débridée qui n’a plus de liens avec la production économique réelle et qui génère des inégalités de plus en plus grandes, (b) une crise alimentaire qui affame nombre de populations dans le monde et crée de dangereux déséquilibres eux aussi causés notamment par la spéculation et (c) une crise environnementale dont le réchauffement climatique représente le phénomène le plus destructeur.

Accueilli froidement – voire critiqué violemment – le rapport Meadows (du nom de deux de ses principaux auteurs) a pourtant, année après année, démontré la justesse de ses prédictions. Les mises à jour [3] de ses conclusions mènent à la même conclusion : nos économies suivent le scénario « business as usual » – c’est-à-dire que nous ne changeons rien dans nos manières de consommer ni de produire – et cela mènera à l’implosion de l’ensemble du « système mondial » au milieu du 21e siècle. Soit dans 30 à 40 ans.

En bref : on nous disait il y a quarante ans que si on ne fait rien, le système va péter. Et comme nous n’avons rien fait, nous nous dirigeons vers un mur et ça va péter.

Depuis le milieu des années 1970, justement, nous avons nourri cette machine infernale de deux manières : la majorité de la population (la soi-disant classe moyenne) a vu son revenu réel stagner, à peu de choses près. Autrement dit un homme ou une femme qui est entré sur le marché du travail au début des années 1970 au début de la vingtaine a poursuivi l’ensemble de sa carrière sans gagner davantage à la fin qu’au début. Pour nourrir l’illusion de son enrichissement, cet homme ou cette femme n’a que deux solutions concomitantes : consommer à bas prix des produits fabriqués en Chine ou dans une autre économie dite « émergente » et s’endetter. De fait, depuis son entrée sur le marché du travail, c’est ce qu’on constate : l’accroissement de l’endettement de la grande majorité de la population et le développement ahurissant des économies de la Chine, de l’Inde ou du Brésil, par exemple.

Le sous-titre du rapport du Club de Rome contenait ces mots : « on the Predicament of Mankind » – qu’on pourrait traduire en français par : « à propos de l’humanité devant son impasse. » [4] Car c’est de ce dont il s’agit : nous sommes devant une impasse – nous alimentons par nos actions (comme consommateur, par exemple) un système qui n’aura d’autre finalité que de s’autodétruire.

Il y a, à mon sens, un aspect positif à la crise que nous vivons : elle permet, pour une première fois depuis longtemps, d’ouvrir une brèche, de voir à l’intérieur du système ce qui ne fonctionne pas. Galien, le grand médecin de l’Antiquité grecque, décrivait les plaies comme des « fenêtres sur le corps » – le même principe s’applique pour les crises du capitalisme que nous vivons : elles nous permettent de voir à l’intérieur du système.

Un système qui nous a laissé croire que la crise financière de 2007-2008 n’était qu’une crise financière. Il s’agissait, au final, que d’une crise de liquidité (il manquait d’argent dans la machine). On a, alors ajouté de l’huile dans un vieux moteur pourri pour lui permettre de faire avancer une automobile, elle même complètement déglinguée, quelques années de plus.

Mais en bout de piste, rien n’est réglé. Nous alimentons nous même cette logique autodestructrice qui nous mènera tous à la catastrophe.

 

On n’est jamais mieux asservi que par soi-même

Nos actions individuelles cristallisent cette dynamique du pouvoir économique qui phagocyte l’ensemble de notre vie collective. Épuisés par une vie asservissante entre le travail (ou la recherche d’un emploi, ou la préparation à un emploi en étudiant), les contraintes de la vie quotidienne et l’aspiration à une vie meilleure, nous contribuons tous à la pérennité d’un système économique qui nous conduira, à terme, à notre propre destruction.

Que faire, alors ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire ? Certes, consommer de manière plus responsable peut faire partie de la solution. Mais au-delà de cela, notre implication dans la vie de la cité devrait primer.

Depuis 2011, le mouvement des indignés et de Occupy Wall Street – et notre version locale du mouvement des carrés rouges – n’ont changé que peu de choses : au Québec le résultat des élections en est la démonstration la plus éloquente. Mais ils ont semé l’espoir du changement.

En décembre 2011, au plus fort des démonstration du mouvement, un sondage affirmait qu’environ la moitié des Américains appuyaient le mouvement Occupy Wall Street, et 77 % d’entre eux croyaient que les gens les plus fortunés avaient trop de pouvoir. Le trois-quarts des Américains ! Ça n’est pas rien. Cela est sans doute le reflet des changements radicaux que nous avons vécus depuis 40 ans : nous sommes passés d’une économie de travailleurs à une économie de consommateurs. Nous sommes entrés à la fois malgré nous et grâce à nous dans une ère où la consommation définit à ce point notre relation au monde que nous favorisons la perte de notre propre monde.

Dans la critique du capitalisme à la mode, d’aucuns cherchent à saborder l’ensemble de ce système – ce qui est futile et vain. Il ne faudrait pas réduire un système économique à l’ensemble de notre vie économique, elle même un sous-ensemble de notre vie matérielle, pour reprendre le beau terme de Braudel [5]. Nous oublierions, ainsi, notre capacité à agir dans sa transformation.

Les indignés autant que notre mouvement des carrés rouges ont démontré une chose : notre capacité à reprendre le contrôle sur notre vie dans la cité. À reprendre contrôle sur notre condition humaine. Nos sociétés vivent fort probablement une phase de transition importante – nous sommes dans la pagaille de ce qui n’est plus et de ce qui n’est pas encore. Déterminés par une machine écrasante qui guide nos actions et nos pensées. Mais si on n’est jamais mieux asservi que par soi-même on n’est également jamais aussi bien libérés que par soi même.

À nous d’agir.

 

 

[1] David Ricardo (1817), Principes de l’économie politique et de l’impôt, Paris, Calmann-Lévy, 1970, p. 32.

[2] Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers et William W. Behrens III (1972), The Limits to Growth : A Report for the Club of Rome’s Project on the Predicament of Mankind, New York, Universe Books.

[3] Une importante mise à jour à été publiée il y a presque 10 ans : Donella H. Meadows, Jørgen Randers et Dennis Meadows (2004), Limits to Growth: The 30-Year Update, White River Jct., VT, Chelsea Green Publishing. Une conférence au VolkswagenStifung en novembre 2012 a également fait le point : http://www.volkswagenstiftung.de/en/events/documentation-limits-to-growth.html.

[4] Merci à Marie-Christine Lemieux-Couture pour cette suggestion.

[5] Fernand Braudel (1985), La dynamique du capitalisme, Paris, Arthaud.

Quel emblème pour l’histoire économique et sociale de Montréal?

J’ai besoin de votre aide et de vos suggestions. Je prépare un projet sur l’histoire sociale et économique de Montréal. La forme n’est pas encore fixée. Livre, web, documentaire, un mélange de tout ça ? À voir. Il s’agira à coup sûr d’un travail de vulgarisation qui mette de l’avant les particularités de Montréal dans l’histoire.

J’ai donc besoin de vos suggestions pour trouver une image emblématique de l’histoire sociale et économique de Montréal, que ce soit:

– une image, une métaphore

– un épisode historique

– un personnage

– un lieu

– un édifice

– une entreprise

– une œuvre, une technologie…

Merci de me soumettre vos suggestion en commentaire sous ce billet, sur mon fil Twitter ou sur ma page Facebook.