Cabaret Carrefour Absolu 6e édition

Ce soir, Absolu Théâtre et le Carrefour Parenfants présentent le Cabaret Carrefour Absolu 6e édition. Un spectacle plein de vie, de rires et de talents, doublé d’un encan très, très chouette. Ces deux organismes importants de Hochelaga-Maisonneuve montrent que le théâtre peut aider concrètement les jeunes du quartier. Une initiative fabuleuse! La soirée est sous la présidence d’honneur de la non moins fabuleuse Ève Landry. À titre de membre du CA d’Absolu depuis tout ce temps, je ne cesse de m’émerveiller du beau et du bon que ces organismes réalisent.

Si vous ne pouvez y être, vous pouvez faire un don, petit ou grand, par ici.

À ce soir!

Ensemble

NB: ce texte a été publié originellement le 1er avril 2013 sur le site du Voir.

 

De toutes les loteries de la vie, celle de la naissance est probablement l’une des plus cruelles. Mes grands-parents paternels étaient peu scolarisés et à toutes fins pratiques illettrés. Mon grand-père était un ouvrier de la voirie et ma grand-mère a travaillé toute sa vie à tenir maison et à éduquer ses enfants. Grâce aux sacrifices de sa famille, mon père a pu faire son cours classique puis accéder à l’université.

Né dans une famille de la classe moyenne, avec des parents universitaires, n’ayant jamais manqué de rien, surtout pas de livres, de musique ou de théâtre, ce contraste entre les parents de mon père et mes propres parents m’a frappé très jeune. En grande partie grâce à l’éducation que j’ai reçue, l’injustice de cette loterie à la naissance m’habite profondément depuis lors – et a orienté l’essentiel de ma carrière et de mon engagement social.

Dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal se voisinent deux organismes qui cherchent à amoindrir les effets de cette loterie de la naissance. Par le théâtre.

En collaboration avec le Carrefour Parenfants, la compagnie Absolu Théâtre* offre aux adolescents du quartier, pour la deuxième année, des activités hors du commun autour du théâtre : Vues d’ado. Initié et animé par Véronick Raymond et Serge Mandeville, les codirecteurs artistiques d’Absolu Théâtre, ce projet de médiation culturelle vise bien sûr d’abord à initier les jeunes au théâtre. La première année de Vues d’ado était consacrée à la découverte des métiers de la scène et aux divers aspects de la création et de la production d’une pièce. Ainsi, les ados ont pu visiter le Théâtre du Nouveau Monde, des coulisses au paradis ou assister à diverses étapes de la production de pièces de Absolu Théâtre. Leurs découvertes et réflexions sur le monde du théâtre, sur la création et sur leurs rapports aux arts, ils les ont consignées en textes et en photo dans un blogue hébergé par Radio-Canada, qui apporte également son soutien technique au projet, appuyé pour cette deuxième année par la Ville de Montréal et le Conseil des arts du Canada.

La médiation culturelle auprès de jeunes citoyens peu favorisés par la vie dépasse très largement l’initiation aux arts. En soi, démystifier le monde du théâtre constitue une réussite majeure pour eux : avoir accès à un univers qui leur semblait inatteignable. Et qui l’est, dans les faits, inatteignable – pas tellement pour des raisons financières, mais parce qu’ils sont effectivement exclus d’un univers qui ne sait pas comment les rejoindre. Un mur culturel, social et économique sépare ces enfants d’Hochelaga du monde des arts et de la culture. Ne serait-ce que pour cette raison, le travail de Véronick et Serge mérite d’être salué bien bas. Mais, davantage, ce que Vues d’ado réussit à faire, en abattant ce mur culturel, c’est d’entreprendre l’intégration, à petite échelle, de ces jeunes à une vie sociale épanouie dans notre communauté.

À preuve, les six ados participant au projet sont passés à une étape supérieure au cours de cette deuxième année de Vues d’ado. En plus d’avoir assisté à deux pièces de théâtre, leur projet principal a été la création d’une courte pièce – la spécialité de Absolu Théâtre – du choix de la thématique jusqu’à la mise en scène et au jeu, en passant par la création des personnages, de la structure dramatique ou du texte. Cette pièce, « Ensemble« , sera présentée lors de la soirée bénéfice conjointe des deux organismes (voir informations ci-dessous). Les ados ont décidé de parler des enfants éloignés les uns des autres lors de la séparation de leurs parents. De l’importance d’être ensemble malgré les mauvais tirages de la loterie de la vie. Invités à choisir un personnage d’autorité, essentiel à l’organisation dramatique de la pièce, les ados ont choisi la « madame de la DPJ ». Une figure négative pour certains d’entre eux, un agent de réunion familiale pour d’autres.

Au cours des ateliers de création de leur œuvre, les jeunes ont été entourés d’un scénographe, d’un chorégraphe et d’autres artisans pour leur permettre d’accoucher de leur projet avec les meilleurs moyens possibles. Sans vous dévoiler les « punchs » de la pièce, je dois en révéler un élément important : entre les enfants séparés suite à la rupture de leurs parents s’érige, sur scène, un mur – au-dessus duquel les frères et sœurs se lancent des avions de papier porteurs de l’espoir de leur réunion. Serge me raconte que lors de leurs nombreuses discussions, les jeunes ont eu à décider, notamment, de l’issue finale de la pièce. L’une d’entre eux désirait que la pièce se termine « mal » – de fait, sa vie ne va présentement pas bien. S’ensuivit un débat au cours duquel on a proposé un contre-argument : il n’y a pas que le « mal » dans la vie, affirme une autre. De la même manière, quelques jeunes ne désiraient pas qu’il y ait un mur physique pour symboliser la séparation entre les enfants – le symbole, croyaient-ils, suffisait. Ce qui n’a pas manquer d’estomaquer les professionnels du théâtre que sont Véronick et Serge. Ce dernier me fait remarquer, avec émotion, à quel point les jeunes sont « dans la réflexion artistique » – c’est-à-dire dans ce dialogue intérieur et dans cette relation à l’autre autour de la création qui permet de transcender le vécu personnel pour atteindre l’universel.

Ce chemin ne se parcourt ni par magie, ni facilement. La première année de Vues d’ado n’a pas toujours été simple : l’assiduité n’a pas toujours été au rendez-vous, il a fallu s’apprivoiser, les uns les autres. Mais il y a quelques mois, le vent a tourné. Les ados en demandent plus que les animateurs peuvent en donner. Une répétition de deux heures lors du congé du vendredi saint ? Voyons donc, Serge, à quoi penses-tu ? On peut répéter six heures ! Lors d’un atelier, les jeunes étaient invités à apporter l’objet auquel ils tenaient le plus. Des semaines plus tard, encore plusieurs d’entre eux sont toujours au local de répétition. Semaine après semaine les ados trouvent mille et une excuse pour ne pas les rapporter chez eux. Un lien important entre les jeunes et le projet est non seulement créé – un lien entre eux et un univers et ses habitants qu’ils leur semblait inatteignable fait maintenant partie de leur vie.

En ces temps de dislocation généralisée de nos liens sociaux, ce sont là des ados d’Hochelaga qui nous enseignent l’importance des arts, de la culture, de la créativité et de la réflexion sur nos relations humaines. Le « mur » qu’ils ont choisi de nous montrer dans leur pièce de théâtre, celui que la loterie de la vie sépare injustement, est aussi celui que nous, « privilégiés », érigeons entre eux et nous. Un mur social dont nous feignons d’ignorer l’existence et auquel nous refusons notre propre responsabilité.

Pourtant, la plupart de ces enfants d’Hochelaga ont des parents aimants – ceux-ci ont tout simplement étés malchanceux à la loterie de la vie. Mais l’initiative de Vues d’ado, leur permet, en à peine quelques heures d’ateliers, de s’épanouir et de trouver leur place légitime dans notre communauté. D’espérer que les murs qui nous séparent s’abattent définitivement et que nous soyons, véritablement, tous ensemble.

Véronick me signale combien la suite des choses la préoccupe : que deviendra-t-il de ces jeunes, après leur expérience avec Vue d’ados ? La communauté possède-t-elle ce dont ils ont besoin pour poursuivre leur chemin ? Dans un atelier, ils étaient invités à dire ce qu’il leur faisait le plus peur dans la vie. Ils ont de 12 à 17 ans, et ces jeunes ont le plus peur de ne pas réussir à l’école et de perdre définitivement leur famille. L’un d’entre eux a même mentionné : de ne pas pouvoir vivre ses rêves.

Le mur qui nous sépare, chers ados, serait-il à ce point infranchissable que nous ne rejoingions pas et que vos rêves d’une meilleure vie soit inatteignable ? Que nous ne puissions être véritablement ensemble ? Je nous souhaite le plus sincèrement du monde tout le contraire. Et j’en profite pour vous saluer avec un immense respect.

 

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Le 10 avril prochain au cabaret le Lion d’Or aura lieu la deuxième édition du Cabaret Carrefour Absolu – une soirée au bénéfice du Carrefour Parenfants et d’Absolu Théâtre. Les profits de cette soirée permettront, entre autres, de poursuivre les projets de médiation culturelle, avec des ados et avec des adultes de Hochelaga.

Vous pourrez y applaudir les jeunes qui y présenteront leur pièce « Ensemble », glissée dans une autre courte où quelques personnalités auront l’honneur de se donner la réplique, dont Sophie Lorain, Ève Landry (la fameuse Jeanne d’Unité 9 !), l’animateur de radio Matthieu Dugal ainsi que les coprésidents d’honneur, Jean-Pierre Bergeron et Isabelle Péladeau, la styliste Marie-Claude Savard… et moi-même!  Au programme également, deux courtes pièces du répertoire d’Absolu Théâtre, dont l’une mettant en vedette la merveilleuse Sylvie Potvin.  Vous pourrez aussi apprécier la musique d’un band de profs (oui, oui !) qui saura vous faire trépigner sur votre chaise sinon danser ! Sans oublier une version adaptée de la chanson « Rue Ontario » (l’originale étant de Bernard Adamus) et un superbe encan (sous forme silencieuse et criée). Si vous ne pouvez y être, vous êtes également invités à faire un don. À ne pas manquer. Un modeste 50 $ qui change littéralement la vie de nos jeunes concitoyens – pour la culture et la consolidation de nos liens communs.

* J’ai l’honneur d’être membre du Conseil d’administration de Abosolu Théâtre depuis quelques années.

J’habite un désert (culturel)

On apprenait lundi que la librairie Plume & Chocolat sur la rue Ontario, en plein cœur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, fermerait ses portes à la fin de l’été.

Cette toute petite librairie, sise à l’ouest de la promenade Ontario, offrait à la fois une sélection de livres de seconde main et d’excellents cafés et chocolats chauds. Le tout dans une ambiance fort sympathique de petit commerce de quartier.

Plume & Chocolat a ouvert ses portes en 2009. Loin d’avoir des ambitions purement mercantiles, le commerce avait d’abord une mission sociale: rendre accessible la lecture, dans l’un des quartiers les plus défavorisés de Montréal. Lectures publiques, conférences, club d’échec, contes pour enfants – malgré ses modestes moyens, la librairie offrait la littérature et la culture à la portée de tous.

Malheureusement, une telle entreprise nécessite des appuis importants qu’un petit fonds de commerce peut difficilement soutenir.

Avec sa fermeture disparaît la seule librairie de tout le quartier Hochelaga-Maisonneuve… Une centaine de milliers de personnes qui n’ont accès à aucune librairie (hormis celle des étudiants du Collège de Maisonneuve). Les plus rapprochées sont sur la rue Masson au Nord, autour de l’UQÀM à l’Ouest ou au centre commercial Place Versailles à l’Est.

Un désert culturel.

Qui ne se limite pas à la littérature. Tiens, si vous accédez au portail Accès Culture (soutenu par la Ville), afin de connaître quelles sont les activités culturelles possibles dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ce soir, vous obtenez le résultat suivant: « Oups! Accès culture Montréal n’a rien trouvé qui répond à votre sélection. »

Rien pour nous
Aucune activité culturelle dans Hochelaga-Maisonneuve ce soir... (cliquez pour agrandir)

Un quartier n’est pas uniquement pauvre par son taux de chômage élevé ou parce qu’une proportion effarante de ses enfants ne mangent pas le matin. Il l’est également lorsque ses citoyens n’ont accès à presque aucune activité culturelle.

Une librairie de quartier qui ferme, ça n’est pas un commerce qui cesse ses activités. L’espace de la librairie Plume & Chocolat n’était pas occupé au quart par des étalages de crayons, tasses à café, ensemble à sushis ou autres babioles qui font le profit des librairies commerciales. Il était habité par le désir de jeunes entrepreneurs sociaux qui désiraient changer quelque chose dans la vie de leurs concitoyens, leur apporter un supplément d’humanité et une ouverture sur le monde.

Maintenant, c’est encore un peu plus le désert, dans mon quartier.