Le revenu minimum garanti: une bonne idée? | Table-ronde (Centre de recherche en éthique)

Dans le cadre de ses Points de l’Actualité, le CRÉ est heureux de vous annoncer qu’une table ronde consacrée au « revenu minimum garanti » sera tenue à la librairie Olivieri, le soir du 23 mars 2017. Qu’est-ce que le revenu minimum garanti? À quel type de problèmes répond-t-il? Il s’agira dans cet atelier de mieux cerner les caractéristiques générales, ainsi que les arguments théoriques et pratiques qui se trouvent au fondement du projet pour le Québec d’un  revenu minimum garanti. S’agit-il du même projet qu’on trouve ailleurs sous le nom d’allocation universelle, de revenu de base ou de revenu universel? Il s’agira surtout d’examiner ses conditions pratiques: quel serait le montant d’un tel revenu? Comment le financer? Est-il possible qu’il remplace les filets de sécurité sociale sans renforcer les inégalités et sans augmenter la précarité des personnes? Comment s’assurer que les droits sociaux seront respectés?
Pour discuter de ces questions, trois intervenant(e)s:
Sylvia Bisonnette, Groupe de recherche et de Formation sur la Pauvreté au Québec
Marie-Pierre Boucher, professeure au département des relations industrielles, UQO
Ianik Marcil, économiste indépendant
Organisation et animation: Christian Nadeau, professeur de philosophie, UdeM.
Les intervenant(e)s présenteront à tour de rôle pendant une dizaine de minutes chacun. Suite à cela, ils/elles auront l’occasion de répondre à leurs collègues, avant que la discussion ne soit ouverte au public.

Bilan économique 2013

2013L’économie n’est pas une sphère isolée de l’ensemble des activités humaines: à peu près tous les gestes que nous posons au quotidien – ne serait-ce que pour nous nourrir, nous vêtir ou nous déplacer – ont un effet économique. À l’inverse toutes les activités de production de marchandises ont aussi des effets hors de l’activité strictement économique – sur l’écosystème, la vie politique ou sociale. Nombre d’événements marquants de 2013 l’ont montré de manière, hélas, tragique.

À commencer par deux catastrophes marquantes: l’effondrement d’une complexe manufacturier de vêtements à Savar, au Bengladesh, le 25 avril, ayant tué plus de 1100 travailleurs et le déraillement d’un train transportant du pétrole à Lac-Mégantic le 6 juillet qui a détruit une grande partie du centre-ville et fait 47 morts. Ce sont deux parfaits et malheureux exemples des effets de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits. Dans les deux cas, les « externalités négatives » – c’est-à-dire les effets publics indésirables de l’activité privée, à l’instar de la pollution d’une usine – ont eu des conséquences dévastatrices. Ces tragédies en disent long autant de notre responsabilité comme consommateurs, de notre impuissance comme citoyens et de la cupidité des dirigeants et actionnaires de ces entreprises. L’attitude odieuse du patron de la Montreal, Maine & Atlantic Railway, Edward Burkhardt, envers les citoyens de Lac-Mégantic illustre cette cupidité autant que les conditions de travail des travailleurs de Savar.

Dans les deux cas triomphe la faillite du politique et de notre volonté collective de bâtir un monde juste. Consommateurs, coincés par des situations financières contraignantes, nous désirons acheter des produits au meilleur prix possible. Ce faisant, nous encourageons malgré nous le développement de conditions de travail dignes des débuts de la révolution industrielle. Les actionnaires et dirigeants de ces entreprises et de leurs partenaires d’affaires, souvent pressés à l’extrême par leurs actionnaires à générer année après année des profits plus importants, nourrissent cette même logique. Au final: nous avons abdiqué collectivement et politiquement à réguler ces dérives inadmissibles.

Cependant des événements moins tragiques en apparence ont participé de la même logique tout au long de l’année 2013. Leurs conséquences sont moins immédiates et médiatiques mais néanmoins tout aussi profondes. Les éternels débats sur l’importance et les effets des déficits gouvernementaux ont encore une fois occupé une place importante des pages financières, ici comme ailleurs. Aux États-Unis, nous avons à nouveau eu droit au psychodrame de la crise budgétaire entre Républicains et Démocrates au mois d’octobre. Après six mois de négociations stériles sur le budget 2013-2014 entre les Républicains (majoritaires au Sénat) et les Démocrates (majoritaires à la Chambre des représentants), aucun compromis n’a été possible avant la nouvelle année fiscale (débutant le 1er octobre). Conséquence: l’arrêt des activités d’une grande partie de l’administration publique et la mise à pied de 800 000 fonctionnaires pendant plus de deux semaines. Cette crise aurait coûté 24 milliards de dollars à l’économie américaine et freiné la fragile croissance économique du pays, Standard & Poor’s estimant que la croissance du PIB pour le 4e trimestre passerait de 3% à 2%.

L’origine de cette situation aussi absurde que néfaste pour des centaines de milliers de familles américaines réside dans l’obsession des Républicains à la réduction du déficit public – gigantesque, il faut le rappeler. Au-delà des conflits partisans propres aux États-Unis, il s’agit là, bien sûr, de l’éternel débat entre les défenseurs des politiques dites d’austérité et ceux de la relance par les politiques budgétaires. Le Québec n’y échappe pas. Le ministre Marceau annonçait fin novembre que le gouvernement Marois reportait de deux ans l’objectif de l’atteinte du déficit zéro. En revanche, le PQ annonçait une importante réforme du régime de l’aide-sociale dans cette pure logique d’austérité qui repose sur un postulat moral, politique et économique simple: faire reposer sur des individus la responsabilité de la réussite collective dont ils ne tirent que peu de bénéfices. La ministre Agnès Maltais était explicite à cet égard: sa réforme, en plus de chercher à réduire les dépenses de l’État, visait à « renforcer l’incitation au travail » des bénéficiaires de l’aide sociale. En compagnie de plus de 40 intellectuels, j’ai dénoncé fin mars cette politique que nous qualifions de « mesure inhumaine, socialement inacceptable et économiquement inefficace. » Soulignons qu’en plus des groupes sociaux, la protectrice du citoyen Raymonde Saint-Germain s’était aussi prononcée en défaveur de cette réforme.

Ces mesures d’austérité, on peut l’affirmer maintenant avec un grand degré de certitude, ont prolongé la crise que nous connaissons depuis 2008. Même l’OCDE, que l’on ne peut pas soupçonner d’anticapitalisme radical, mettait en garde les pays de l’Union européenne contre les mesures d’austérité. Le message ne peut être plus clair: « L’OCDE a appelé jeudi 28 mars la zone euro à faire preuve de plus de souplesse dans la réduction des déficits et à s’abstenir de prendre de nouvelles mesures de rigueur budgétaire pour l’instant même si cela ‘implique’ de ‘ne pas respecter’ les objectifs chiffrés. » De fait, l’économie européenne est toujours dans le rouge, malgré les signes de reprise économique ailleurs dans le monde – particulièrement aux États-Unis et en Asie. Mais cette reprise se fait sans véritable création d’emploi –  il s’agit d’une « jobless recovery. »

De tous ces événements marquants, ce sont encore et toujours les travailleurs, les consommateurs, les familles – les citoyens – qui payent la note au bénéfice de quelques détenteurs du pouvoir. Du Bengladesh à Lac-Mégantic, de la réforme de l’aide-sociale au Québec au bras de fer budgétaire aux États-Unis, l’année 2013 aura été sous le signe de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits.

Il serait injuste, toutefois, de ne pas signaler quelques bons coups de nos dirigeants, au Québec. Deux mesures législatives du gouvernement Marois, sans être révolutionnaires, permettront d’améliorer un peu le cours des choses. D’abord, en octobre, le ministre de la Justice Bertrand St-Arnaud a annoncé que le seuil d’accès à l’aide juridique serait substantiellement relevé, permettant ainsi à un demi million de Québécois d’avoir accès gratuitement aux services d’un avocat. Compte tenu de la judiciarisation croissante de bien des aspects de notre vie, il s’agit là d’une mesure très importante. D’autre part, le gouvernement a adopté cet automne la Loi sur l’économie sociale, une législation souhaitée par le milieu depuis longtemps. Cette loi « assurera la reconnaissance des entreprises d’économie sociale (coopératives, mutuelles et OBNL à vocation marchande) par l’ensemble des ministères et organismes gouvernementaux, » une reconnaissance majeure pour ces acteurs qui prennent de plus en plus d’importance dans nos économies et qui sont vus par plusieurs comme le moteur du développement d’une société plus juste, équilibrée et durable.

L’économie n’est effectivement pas détachée du reste de l’activité humaine. Les décisions et événements malheureux de 2013 le démontrent. Il est à souhaiter que les décisions et événements de 2014 renversent la vapeur et que, collectivement, nous nous préoccupions davantage de solidarité sociale, de justice économique et de développement durable.

 

NB: demain soir, le 1er janvier, à 18h30 Gérald Fillion anime une émission spéciale de RDI-Économie « Résolutions 2014 » à laquelle je participe en compagnie de Martine Hébert, porte-parole nationale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et de Jean-Luc Landry, président de Gestion de portefeuille Landry. J’y proposerai, en lien avec ce que j’ai écrit ci-dessus, des résolutions collectives pour un meilleur développement économique et social. Je vous invite d’ailleurs à lire les « Leçons de 2013 » de Gérald Fillion sur son blogue.

Le bedeau de campagne

NB: ce texte a été publié originellement le 13 décembre 2012 sur le site du Voir.

 

Ainsi, le bedeau est allé demander conseil à monsieur le curé. Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales, est allé demander conseil au Commissaire à l’éthique afin d’évaluer s’il devait conserver la rétribution que lui accordait son ancien employeur, l’Université de Montréal.

Dans un texte publié sur son blogue personnel – « Que faire lorsqu’on est un privilégié de gauche? » – il affirme s’être demandé depuis son élection ce qu’il devait faire avec cet argent : devait-il accepter une double rémunération, étant élu. Ne trouvant pas la réponse en son for intérieur, il a requis un avis officiel du chien de garde de la bonne morale des élus québécois. Le brave homme lui a donné sa bénédiction. Rien dans les lois ni dans leur saint-esprit ne condamne le clerc de recevoir une double rémunération. Mais la conscience du ministre n’en était pas pour autant soulagée. Le taraudait un grave dilemme moral : que doit-il faire, lui, un « privilégié de gauche, » avec tout ce fric ? « Cela, écrit-il, me renvoie donc à ma propre conscience, et à ma propre conscience sociale. Cela me renvoie au principe d’exemplarité. » Il versera donc sa rémunération de l’Université de Montréal à des organismes de sa circonscription.

Quelle élévation, quelle grandeur d’âme !

Il me niaise-tu, là, monsieur le ministre ?

L’absence totale de sens politique de Jean-François Lisée me laisse sans voix. Comment l’ancien conseiller d’un premier ministre, le stratège du référendum de 1995, l’auteur de l’étoffée biographie de Bourassa, le brillant et prolifique analyste de la chose politique peut-il être à ce point dénué d’instinct et de jugement politique ?

Car il s’agit de politique, pas d’éthique, contrairement à ce qu’il prétend dans son texte. Voire même, tout simplement, de perception publique des actions d’un homme politique. L’histoire du double mandat de André Boisclair, son employé, était déjà suprêmement nullissime. Les trois mois qu’il a mis à réfléchir à ce qu’un « privilégié de la gauche doit faire » dépasse l’entendement.

Quoi ? En montant la première fois dans sa limousine, monsieur le ministre a subitement oublié le contexte social et politique dans lequel nous évoluons depuis des années ? Que les agissements des élus sont, aux yeux de la population, suspects, quels qu’ils soient ?

La charge de député, encore plus de ministre, est un privilège que les citoyens accordent à l’un des leurs. Celui-ci, celle-là, doit – devrait – l’accepter avec humilité et reconnaissance. Jean-François Lisée prétend agir avec « exemplarité. » Pourquoi avoir attendu trois longs mois avant de prendre cette décision, d’avoir cru nécessaire de consulter le curé en éthique ? L’évidence même pourtant : dans le contexte qui est le nôtre, hésiter sur cette question se serait-ce qu’une seconde relève de la plus pure bêtise politique.

Qui plus est, dans son pontifiant texte, Lisée se drape des habits vertueux du grand seigneur moral de la gauche, garante, à le lire, des nobles sentiments de générosité et de grandeur d’âme. Comme si la « gauche » détenait le monopole de la morale publique.

D’une part, cette position participe de la plus pure démagogie et d’un psychologisme aussi facile que réducteur. Une « conscience sociale, » comme l’écrit Jean-François Lisée, ne se réduit pas à une inclination psychologique à faire le bien ou le mal. Elle doit s’appuyer sur une réflexion sociale et politique, pas sur les anxiétés personnelles d’un individu. Si la « gauche » se distingue de la « droite, » c’est par sa vision holiste de la société – en ce qu’elle considère que le tout (social) est plus grand que la somme de ses parties. Or, dans sa prise de position, Lisée est parfaitement individualiste, à l’instar de la droite qu’il prétend mettre K.O.: « c’est mon argent et j’en fais ce que je veux » a-t-il même déclaré en conférence de presse.

D’autre part, Jean-François Lisée confond allègrement justice sociale, déontologie et philanthropie. La justice sociale, ne lui en déplaise, n’est pas affaire individuelle – particulièrement lorsque l’on se considère de « gauche » – elle doit se penser dans l’ensemble du fait social. Encore moins, elle ne se ramène surtout pas à la déontologie – cela devrait relever de l’évidence qu’une double rémunération est tout simplement pas admissible pour un élu, nul besoin d’y réfléchir pendant trois mois ni de consulter le Commissaire à l’éthique. Mais surtout, surtout, que la philanthropie, particulièrement la philanthropie ostentatoire – « voyez, combien je suis bon prince, je donne aux nécessiteux » – est odieusement petite et condescendante. En quoi monsieur Lisée se distingue de Warren Buffet ou de Bill Gates, ce faisant? En rien.

Le fait que le don de cette somme aidera réellement certains démunis n’y change rien. Le ministre Lisée aurait du avoir le réflexe immédiat – je dis bien le réflexe immédiat – d’offrir cette rémunération.

En lieu de quoi, tel le bedeau de village, il a couru voir monsieur le curé, s’est gratté le fond de la tête et a bombé le torse, fier de son pouvoir de gérer la messe diplomatique du dimanche devant les fidèles béatement réunis à l’église, en leur montrant la grandeur de sa générosité.

Lorsqu’on désire changer le monde, il faut faire preuve de cohérence et de rigueur dans l’audace. Tergiverser et reculer après coup sur des questions éthiques et politiques comme l’a trop fait le gouvernement Marois en prenant des décisions qui ne le distingue en si peu de choses de la soi-disant « droite » honnie ne fait qu’alimenter la suspicion publique face à ce désir de changement. Ou bien le PQ n’est que peu habité par ce désir de changement.

La danse macabre des travailleurs

NB: ce texte a été publié originellement le 18 novembre 2012 sur le site du Voir.

 

Ce texte est celui d’une « performance » donnée lors du Spectacle bénéfice de la revue Liberté, le « Cabaret d’emmerdeurs » le 29 octobre dernier au Lion d’Or à Montréal.

 

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances,

Chers confrères économistes au Fraser Institute, à l’Institut économique de Montréal, à la Fédération des chambres de commerce et d’ailleurs,

J’ai lu, récemment, que vous estimez, et je cite, « qu’au Québec présentement, compte tenu des forces inéluctables de la mondialisation et de la mobilité internationale du capital, nous devons augmenter drastiquement la productivité des travailleurs afin de les rendre plus compétitif pour faire face aux défis de la croissance technologique et du déficit d’innovation dont nous sommes coupables. »

Ce qui me rappelle cette grande parole de sagesse : « Dives et pauper obviaverunt sibi utriusque operator est Dominus. » [1]

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, vous avez deux choses en commun avec les curés d’un temps (pas si) ancien :

a) vous utilisez un langage que personne ne comprend ;

b) vous croyez détenir la vérité et nous l’imposer.

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, je vous annonce que ce temps est révolu.

Nous vous avons désormais à l’œil.

L’information circule rapidement et aisément, de nos jours. Cela déboulonne les clercs de leur piédestal.

Mais je soupçonne une chose : messieurs les ministres de l’Économie et des Finances, chers confrères, je crois que vous ânonnez les mêmes vérités qui vous sont dictées par le FMI ou la Banque mondiale comme les curés de jadis répétaient bêtement les dictats du Vatican.

Je me doute aussi, qu’à l’instar de nombre de curés du passé vous ne comprenez pas vraiment ce que vous racontez. En tout cas, vous n’avez pas idée de ce que le peuple en comprend, lui.

Alors, j’ai une petite suggestion pour vous, messieurs les ministres de l’Économie et des Finances et chers confrères.

Vous devez être en mesure d’expliquer vos analyses et vos décisions en matière d’économie à un enfant de 8 ans. Sinon, vous aurez démontré que vous n’y comprenez rien.

Tiens. Je vais vous aider.

Quand j’étais enfant, mon livre préféré s’intitulait Que font les gens toute la journée ?

À la première page, on y voit l’illustration d’un petit village, Belleville. On peut y lire : « Voici Belleville. On y vit très bien, merci ! »

Autour de la place publique, les habitants de Belleville s’affairent. Le boulanger, le tailleur, le forgeron, le facteur, l’épicier – tous interagissent ensemble.

Mais que font tous ces gens toute la journée ?

La réponse m’était donnée dès la deuxième page, écrite en lettres énormes : ILS TRAVAILLENT !

Et, ainsi, tout au long du livre, j’ai appris que les gens, toute la journée travaillent et ont des relations les uns avec les autres grâce à ce travail.

Messieurs les ministres de l’Économie et des Finances et chers confrères, vous devriez tirer des leçons de ce livre d’enfant.

Vous devriez, tous les matins du monde, vous réveiller en pensant à ces gens qui travaillent. À ceux qui n’ont pas cette chance, tout autant.

À vos concitoyens qui errent dans la vie tant bien que mal.

Vous devriez, à l’heure de pointe du matin, vous poster au métro Square Victoria. Il y a là un long, très long corridor qui débouche sur la rue Saint-Jacques. Il monte en pente douce, très lentement.

Je passais par là tous les matins, pendant des années. Parfois, je m’arrêtais. Je regardais mes semblables emprunter ce corridor. Une foule immense qui marche lentement vers son travail quotidien. J’appelais ça la « danse macabre des travailleurs. »

Ce travail qui devrait l’animer, l’enchanter, lui rappeler qu’il et qu’elle fait partie d’une grande famille collective. Lui rappeler qu’elle et qu’il travaille pour le bien de tous.

Pourtant, je te regardais, toi qui marchait lentement dans ce long corridor. Le dos un peu vouté. La tête basse et la confiance lasse.

Tu me rappelais Metropolis de Fritz Lang.

Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances, chers confrères – tiens je vais te tutoyer.

Tu te souviens des suicides des gars de la Gaspesia ? Tu te souviens des pleurs de Julie, qu’a perdu sa job, encore ? Tu te souviens de Pierre qui est sur le B.S. depuis trop longtemps ? Tu te souviens de Catherine et Paul qui dorment mal et font des cauchemars parce qu’ils s’arrachent la vie à travailler comme des cochons sans un mot d’appréciation ?

Monsieur le ministre de l’Économie et des Finances et chers confrères, nous ne vivons pas dans mon livre d’enfant. Nous vivons dans un monde où tu as oublié la noblesse et la souveraineté du travail humain.

Je t’ai à l’œil. Parce que si tu ne te lèves pas tous les matins en y pensant, moi je vais te le rappeler. Je vais te rappeler que tu dois tout à Julie, Pierre, Catherine et Paul.

Tu leur dois ton bonheur comme les bébelles que tu vas échanger à Noël, tes vidanges ramassées comme la beauté de ta ville.

Tu leur dois ce qui fait ton pays.

Ne l’oublie pas, monsieur le ministre et cher confrère.

Moi, je n’oublierai pas.

 

[1] « Le riche et le pauvre ont ceci de commun : le Seigneur a créé l’un aussi bien que l’autre. » (Proverbes 22: 2)

Quelle économie politique de gauche pour le 21e siècle ?

Nul n’est contre la vertu, c’est bien connu. Et la gauche, c’est aussi bien connu, défend la solidarité, la justice économique, le progrès social, l’empathie, la générosité, le bien commun. Le populaire philosophe Michel Onfray l’affirme : « Qu’est-ce qu’être de gauche ? C’est croire à un certain nombre de valeurs que sont la solidarité, la fraternité, le partage, la générosité, la communauté, le don, la gratuité…[ref]Michel Onfray (2012), « Mener une vie de gauche, » La chronique mensuelle de Michel Onfray, no. 84, mai 2012 [En ligne] http://mo.michelonfray.fr/chroniques/la-chronique-mensuelle-de-michel-onfray-n%C2%B0-84-mai-2012/[/ref] »

Ce discours traverse nombre de prises de position d’une certaine gauche autoproclamée. Cette gau-gauche bien-pensante fustigée et raillée par une certaine droite également autoproclamée. Discours populiste auquel s’opposerait un autre discours tout aussi populiste, celui de la responsabilité, de l’ordre, de la sécurité, de la réussite individuelle – discours d’une drette fustigée et raillée par la même gau-gauche.

«Ouverture des États généraux à Versailles, 5 mai 1789» Auguste Couder (1839)

La position de gauche, Onfray, selon ce qu’il écrit, en a eu la révélation à son adolescence, incarnée par ses héros, un socialiste et une communiste :

[I]l y avait toujours chez eux une place à table, de quoi se faire un sandwich, la possibilité de téléphoner à une petite copine pendant des heures… On pouvait les appeler dans la nuit parce qu’on avait été mis à la porte de chez nos parents, il y avait toujours un canapé à ouvrir pour y passer la nuit. Une voiture était toujours disponible pour nos causes les plus fantasques.

À ces nobles sentiments s’opposeraient de vils penchants, aussi petits que mesquins : « Tout ce qui montre de l’égoïsme, de l’impolitesse, de l’incivilité, de la goujaterie témoigne contre la vie de gauche : se croire seul au monde, ignorer les règles élémentaires de la vie à plusieurs, vivre comme si nous étions sans voisins, sans compagnons de table, sans partenaires de voyage dans le compartiment d’un train, seuls dans une file d’attente. »

La gauche détiendrait ainsi le monopole de l’empathie, de la civilité, de l’amour du prochain et de la sauvegarde du bien commun ?

Billevesées et balivernes !

Ce plaidoyer de Onfray est tout sauf anecdotique. Son simplisme infantile se généralise dans le discours politique – reflet d’un manichéisme réducteur et stérile. À gauche comme à droite.

Bien sûr, la gauche et la droite ont été dès l’origine le reflet d’une opposition. D’une position relative par rapport aux parties adverses. On le sait, ce vocabulaire date de la Révolution française. Un représentant du second État aux États généraux, le Baron de Gauville, écrit dans son journal, en date du 29 août 1789 :

Le 29, nous commencions à nous reconnaître: ceux qui étaient attachés à leur religion et au roi s’étaient cantonnés à la droite du président, afin d’éviter les cris, les propos, et les indécences qui se passaient dans la partie opposées. […] J’avais essayé plusieurs fois de me placer dans les différentes parties de la salle et de ne point adopter d’endroit marqué, afin d’être plus le maître de mon opinion, mais je fus obligé d’abandonner absolument la partie gauche, ou bien j’étais condamné d’y voter toujours tout seul et par conséquent condamné aux humées des tribunes.[ref]Gauville, Louis-Henri-Charles de [1789-1790✝], Journal du Baron de Gauville député de l’ordre de la noblesse aux États généraux depuis le 4 mars 1789 jusqu’au 1er juillet 1790, prés. par Édouard de Barthélemy, Paris, Gay, 1864, p. 20.[/ref]

Trois mois plus tard, une seule note pour le 21 novembre :

Le 21. C’est de ce moment que le côté droit du président commença à n’être plus composé que d’amis de l’ordre.[ref]Id., p. 34.[/ref]

La droite et la gauche politique et économique sont donc des positions relatives, mais aussi des prises de position. Être de gauche ou de droite est une posture, un a priori moral, donc idéologique.

Ramener ces postures à de bons (ou mauvais) sentiments ne permet d’aucune manière la tenue d’un dialogue politique fécond. Il se cantonne à des éthiques personnelles de la vertu, aux moeurs individuelles. Impossible, sur cette base, de fonder une pensée politique et particulièrement une économie politique.

Qu’est-ce qu’une économie politique de gauche, alors ? Il serait bien évidemment présomptueux de prétendre y répondre simplement. Cependant, il me paraît clair qu’elle ne puisse se fonder sur des « valeurs » individuelles quelconques. Déjà, la vacuité du concept – à tout le moins le flou de sa définition – ne constitue en aucun cas une base conceptuelle bien solide.

Les discours populaires se réclamant de la gauche comme de la droite en ce début de 21e siècle s’enlisent dans le vague de ces vertus individuelles plutôt que d’affronter avec rigueur les fondements de leurs positions. La complexité du monde dans lequel nous vivons ne peut s’expliquer ni s’engager sans une interrogation rigoureuse des fondements intellectuels des idéologies qui prétendent répondre à ses gigantesques défis.

Une économie politique de « gauche » doit s’outiller d’une épistémologie, d’une éthique et d’une théorie politique conséquentes. Vaste programme, bien sûr. Mais les discours de bonne sœur servis par les gauchistes à la Michel Onfray comme ceux de bon père de famille distillés par les chantres du néolibéralisme n’atteignent aucun autre objectif que d’attiser des polarisations stériles. Auxquelles il faut opposer la complexité, la nuance et la contradiction fertiles.

La plus profonde opposition entre la gauche et la droite, à mon sens, repose sur leurs épistémologies respectives. L’une holiste, l’autre individualiste. La gauche, telle que je l’entends, considère que la société, la communauté, le re-groupement, constituent des ensembles dont la valeur (terme à définir) est plus grande que la somme de celles de ses parties.

Le discours antinéolibéral, voire anticapitaliste, se limite trop souvent à pourfendre son utilitarisme, sa tendance inéluctable à la marchandisation de tous rapports humains et ses désastres pour le soi-disant bien commun (l’environnement, les droits humains, etc.). Or, il ne s’agit là que de variantes légèrement plus sophistiquées des indignations de Michel Onfray ou du Baron de Gauville. Il se ramène aux moeurs individuelles, à des opinions politiques plutôt qu’à une pensée politique. Laquelle doit se fonder notamment sur une épistémologie et une éthique, l’une nourrissant l’autre. Une épistémologie et une éthique qui ne nient pas l’individu, encore moins sa liberté.

Je plaide pour une économie politique de l’individualité – par opposition à une économie politique de l’individualisme -, fondatrice d’une gauche débarrassée de ses réflexes poussiéreux. Au contraire d’un individualisme qui fabrique l’image d’un être humain désincarné, évoluant, en quelque sorte, dans un vase clos sans contacts avec ses semblables qu’en fonction de liens transactionnels, le concevoir dans son individualité présuppose qu’il se réalise pleinement dans sa créativité et dans des liens empathiques où il se projette dans la réalité de l’autre – donc qui évolue en fonction de son altértié.

Une économie politique qui campe une vision radicale de l’individualité, à la fois épistémologiquement, moralement, juridiquement et politiquement se basera, ainsi, sur un certain nombre de postulats fondamentaux :

1.Placer l’individualité au centre de l’économie politique implique de fonder notre compréhension de l’économie sur la dynamique de la création et de l’innovation. Les théories dites de la « croissance endogène, » c’est-à-dire déterminée par l’innovation, ont déjà fait un timide pas dans cette direction en réintroduisant les principes de destruction créatrice de Schumpeter dans l’analyse économique[ref]Schumpeter décrit la destruction créatrice comme un « processus de mutation industrielle – si l’on me passe cette expression biologique – qui révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme: c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s’y adapter. » Joseph A. Schumpeter (1942), Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot, 1990, pp. 116-117. Sur la théorie de la croissance endogène, voir la synthèse de Paul M. Romer (1994), « The origins of endogenous growth, » Journal of Economic Perspectives, 8(1) : 3-22.[/ref]. On accorde, cependant, trop peu de place à cette dynamique dans l’évolution des sociétés postcapitalistes. Car l’innovation scientifique et technique et la création artistique constituent les moteurs macro (sociologiques et économiques) qui déterminent davantage les comportements individuels que l’appât du gain, la recherche du profit ou l’enrichissement individuel. À l’individualisme s’oppose ainsi une recherche d’individualité, celle de la réalisation de soi en société, en fonction de la situation concrète de l’autre.

2. Corollairement, elle implique une éthique de l’altérité – ce qu’un individualisme épistémologique basé sur des motivations utilitaristes ne permet pas, à tout le moins ne positionne pas au cœur de sa vision du monde. L’individualité créatrice doit nécessairement tenir compte à la fois de la dynamique sociale dans laquelle elle s’inscrit et du droit à la capacité de l’autre à s’épanouir de la même manière. Dans le premier cas, la dynamique créatrice ne peut se faire à l’encontre des intérêts de l’ensemble de la communauté ni de son futur. Dans le second, elle implique un droit fondamental à contribuer à cette dynamique au même titre que tous les membres de la communauté.

3. Conséquemment, cette vision du monde doit se refléter dans le contrat social qui lie les membres de la communauté et dans les institutions juridiques qui la régissent. Le droit à l’épanouissement individuel dans la communauté se double d’un devoir envers celle-ci parce qu’elle dépasse chacun de ses membres. Les droits humains sont mis à mal depuis nombre d’années, tant à gauche qu’à droite. Galvaudés, détournés, instrumentalisés – leur portée révolutionnaire s’est perdue dans les officines du pouvoir économique qui les ont réduits à de simples moyens de défense et ont perdu leur capacité constructive. Nous devons à mon sens les réanimer, les réhumaniser.

4. L’organisation politique devra rendre compte de cette capacité et de ce devoir de contribuer à son épanouissement. Malgré l’avènement de possibles mobilités sociales, essentiellement après la deuxième guerre mondiale – qui, toutefois, s’étiolent grandement depuis la fin des années 1970 –, les démocraties libérales demeurent les héritières des révolutions politiques du 18e siècle et n’ont pas achevé le projet politique radical d’une participation véritablement ouverte et égalitaire à l’édification de l’avenir de la communauté. L’absence de l’accès complet à cette potentialité n’assure pas la pleine capacité des individus de se réaliser eux-mêmes et encore moins de le faire dans le respect des intérêts de la communauté.

Depuis la fin des « Trente glorieuses »[ref]Selon l’expression et l’analyse de l’historien Jean Fourastié (1979), Les Trente Glorieuses, ou la révolution invisible de 1946 à 1975, Paris, Fayard.[/ref], les démocraties libérales se sont graduellement éloignées de cet idéal, ici schématisé. Parce que depuis près de quatre décennies, nos économies ont sapé le socle nécessaire à son avènement: l’égalité.

L’égalité comme idéal radical. L’égalité économique qui fonde les autres formes d’égalités : juridique, politique (y compris électorale), culturelle et éducative. Une égalité nécessaire pour assurer le développement du plein potentiel des individualités. Une égalité qui ne se contente pas du simplisme de l’individualisme néolibéral, qui se réduit trop souvent, dans le discours dominant, à une vision négative de la liberté[ref]Cf. Isaiah Berlin (1958), « Two concepts of liberty, » in Four Essays on Liberty, Oxford, Oxford University Press, 1969, pp. 118-72.[/ref]: celle de ne pas être entravé et d’être protégé de la coercition. La liberté de l’individualité, a contrario, assure à l’individu la capacité pleine et entière à créer plus grand que soi.

L’économie politique de gauche du 21e siècle devra, à mon avis, se fonder sur cet idéal radical d’égalité – et, en cela, demeure la seule véritable distinction qui l’oppose à la droite néolibérale. Les projets de régulation économique et sociale doivent, conséquemment, s’y appuyer. Cette égalité radicale ne se dissout pas dans une vision juridique: il ne s’agit pas d’un droit mais d’un projet politique projeté dans la dimension de l’infini des possibles.

Fondamentalement, il s’agit de réanimer une vision de la place de l’humain dans sa communauté. L’idéal des Lumières – Liberté, Égalité, Fraternité – dépouillé de son embourgeoisement ; dépouillé, aussi, de la vision mécaniste dominante au 20e siècle, autant celle héritée du marxisme que du libéralisme économique. Une véritable vision organique de la complexité de l’économie politique qui ne fasse pas appel aux bons sentiments d’un Onfray ou d’un Baron de Gauville. Une vision complexe de l’économie politique parce qu’elle affirme la primauté des possibles créatifs, pluriels par définition, donc contradictoires dans leur multiplicité.

En cela, une économie politique de gauche constitue un projet centré sur un égalitarisme nourri de liberté individuelle et contraint par la responsabilité des liens fraternels qui unissent les membres de la communauté.

 

NB: Un immense merci à Sylvie Dupont, trad. a. pour sa lecture attentive et ses suggestions.

 

Justice économique – événements à venir

La justice semble être au cœur du discours public depuis des semaines. Utilisé à toutes les sauces, le mot «justice» lui-même se connote de sens aussi variés que contradictoires. Du ministre Bachand qui prétend que les étudiants ou les contribuables doivent faire leur « juste part » aux militants étudiants qui réclament davantage de « justice sociale » – la pauvre Thémis ne saurait plus y reconnaître ses petits.

C’est dans ces occasions qu’il est nécessaire d’apporter le maximum de perspective et de nuance aux débats publics. Pour aller de l’avant, analyser les causes de l’état de situation actuel, proposer des solutions novatrices à nos problèmes, favoriser la discussion et le dialogue véritables.

J’aurai l’occasion dans les prochaines semaines de participer à quelques événements qui participent de cette vision – que je vous communique ici.

Dimanche le 22 avril – « Rassemblement pour le bien commun »

À l’occasion de la grande marche du 22 avril à Montréal, j’ai proposé aux orateurs de l’événement NOUS? du 7 avril dernier que nous nous rassemblions pour faire écho et suite à cette formidable prise de parole.

Lundi le 23 avril – « Les inégalités économiques: de la violence à l’humanisme économique »

J’aurai le plaisir de présenter une conférence à l’université populaire de la Mouvance associative pour le partage des savoirs sur le thème des inégalités économiques. Cette conférence visera à la fois à brosser un portrait rapide des inégalités économiques dans notre société et à présenter ses conséquences (économiques, sociales et morales). J’ouvrirai une discussion sur les pistes de solutions possibles, notamment au niveau des communautés. À 20h (accueil à 19h) au bar l’Absynthe: 1738 rue St-Denis, Montréal (coin Ontario). Entrée libre.

Lundi le 30 avril – « À quand la justice fiscale pour sortir de la crise ? »

La fiscaliste Brigitte Alepin, auteure de Ces riches qui ne paient pas d’impôt (2003) lancera son nouveau livre: Bill Gates, pay your fair share of taxes…like we do! À cette occasion, elle organise une discussion sur la justice fiscale au Canada, à laquelle je participerai. Elle sera animée par Diane Bérard (journaliste, Les Affaires) et les panélistes seront: Harold Crooks (Réalisateur – Surviving Progress, The Corporation), Alain Deneault (auteur de Offshore, paradis fiscaux et souveraineté criminelle), Stéphane Leblanc (fiscaliste, Ernst & Young), Isabelle Maréchal (journaliste et animatrice, 98,5 FM, La Franchise), Rollande Montsion (consultante et sous-ministre adjointe au ministère du Revenu du Québec – 1997-2004) et moi-même. À 17h (début du débat à 17h30) au Studio-Théâtre de la Place des Arts, Montréal. Entrée libre.

Début juin (date à confirmer) – Projet Savon 2.0 – Manifesto

« Cet événement offre une tribune publique à un peu plus de 150 étudiants du Cégep de Sherbrooke et d’ailleurs qui réfléchissent aux grands enjeux politiques et éthiques du 21ième siècle liés à l’économie, la santé, l’écologie, l’éducation, la culture, la démocratie, la justice et autres. » Un événement qui se tient pour une deuxième année et qui a remporté l’an dernier le prix Lauréat de l’Avenir 2011 au Gala Force Avenir. Plus de 1500 personnes y sont attendues dont plusieurs personnalités québécoises. J’y contribuerai par une réflexion sur les enjeux de la démocratie économique. Détails à venir. Page Facebook. Compte Twitter.

Autres interventions

Je rédige présentement un petit livre sur les questions reliées à la justice économique et plus spécifiquement les inégalités économiques et ses conséquences pour notre démocratie. J’interviendrai donc à plusieurs reprises, outre les événements mentionnés ci-dessus, pour discuter de ces questions. D’ici là, je serais plus que flatté de lire vos préoccupations sur la question.

 

Mon texte crié !

Je vous parlais il y a deux semaines d’un texte que j’ai écrit pour les crieurs publics du Festival de l’expression citoyenne. Vous pouvez maintenant voir et entendre les sympathiques comédiens qui l’ont fait vivre le 21 août dernier (mon texte commence à environ 1 min 5 sec, jusqu’à la fin de la vidéo, mais ne manquez pas le début !):

Festival de l’expression citoyenne 2010

Dans le cadre du Festival de l’expression citoyenne 2010, Parole citoyenne propose à nouveau cette année une activité fort sympathique: des Crieurs publics déclament des textes soumis par des gens comme vous et moi sur la rue Sainte-Catherine, à compter d’aujourd’hui. Une thématique par jour est traitée: Innovation, Sécurité alimentaire, Justice économique et Justice climatique.

J’ai soumis un texte, sur la thématique de la justice économique, qui sera lu samedi prochain, à 12h30 au Parc de l’Espoir à l’angle des rues Panet et Sainte-Catherine, à Montréal, que voici:

Maintenant, dans mon regard

[Les trois crieurs, tour à tour, la finale en chœur. Crescendo dans la puissance de la voix.]

Crieur 1    – Aujourd’hui j’ai vu le regard éteint et la peau blanchie d’un enfant affamé.

Crieur 2    – Aujourd’hui j’ai vu la violence de la pauvreté blesser un peu plus un homme agressé.

Crieur 3    – Aujourd’hui j’ai vu les sanglots de chômage d’une femme esseulée.

Crieur 1    – Aujourd’hui j’ai vu la vie de la rue ployer le dos d’une fille accablée.

Crieur 2    – Aujourd’hui j’ai vu le rire du patron insulter une ouvrière isolée.

Crieur 3    – Aujourd’hui j’ai vu l’envie d’espoir d’un jeune homme offensé.

Crieur 1    – Demain, je vois tous les enfants s’élancer de la même ligne de départ, souriants et confiants.

Crieur 2    – Demain, je vois tous les hommes et toutes les femmes contribuer à notre vie commune, fiers et grandis.

Crieur 3    – Demain, je vois tous les citoyens rêver et espérer.

Crieur 1    – Maintenant pour demain, la sécurité !

Crieur 2    – Maintenant pour demain, l’équité !

Crieur 3    – Maintenant pour demain, la solidarité !

Tous    – MAINTENANT L’HUMANITÉ !

http://parolecitoyenne.org/user/imarcil