Bienveillance de l’œuvre

Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (1412-1416)Insérez « œuvre d’art, » « marchandise, » « argent, » « artiste » et « utilité » dans la même chronique et vous obtiendrez à coup sûr de nombreuses réactions. Cela a été invariablement le cas à propos de certaines de mes chroniques ici, mais aussi de conversations diverses et variées.

Les arts occupent dans notre société une place singulière. Ils participent du tabou, du sacré, du mythique. Assimiler une œuvre d’art à une marchandise, intégrer la production artistique au système marchand, c’est les désacraliser, les rendre vulgaire, au sens ancien : l’art ne peut se confondre au commun, à l’habituel, au trivial. Car même si nous participons tous, malgré nous, au système marchand, le substrat de notre morale judéo-chrétienne répugne à lui accorder quelque valeur de noblesse. Considérer l’œuvre d’art comme marchandise heurte cette morale.

 

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L’expérience esthétique et le hamburger

Mes confrères économistes compilent et analysent des données sur la plupart de nos comportements. Que ce soit nos habitudes en matière d’épargne, de nombre d’œufs consommés par année ou de « consommation culturelle » (cf. Statistique Canada, 2004, p. 21). Ils font même des compilations statistiques du niveau de « consommation culturelle, » classant les grandes villes canadiennes selon le nombre de dollars dépensé en moyenne par habitant (Macdonald, 2010).

Je déteste l’expression: « consommation culturelle. » Consomme-t-on un Van Gogh, une pièce de Schönberg, une prestation de Marie Chouinard ou un roman de Saramago comme on consomme une voiture, un ordinateur, une veste ou un hamburger? Notre réflexe a priori est de s’écrier: non! L’Art (avec un grand A) n’est pas assimilable au vulgaire de la consommation quotidienne. Passe encore de considérer l’achat d’un disque de Céline Dion ou d’un roman d’Amélie Nothomb à un geste de « consommation » banal, un simple divertissement (ceci est un point de vue éditorial). Mais l’Art, le vrai, le grand, le transcendant? Nous croyons qu’il existe un art noble, hors de la sphère de la consommation et de la logique marchande.

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L’œuvre de Damien Hirst n’a aucune valeur

Il y a quelques jours, un incendie a sérieusement endommagé une grande galerie d’art commerciale de Montréal, la galerie Valentin. Les médias ont relaté que les pompiers avaient réussi à sauver des flammes des dizaines d’œuvres des plus grands peintres classiques québécois (Riopelle, Borduas, Fortin, Lemieux, Leduc), en soulignant à grands traits qu’ils représentaient une valeur de « plusieurs millions de dollars. » Lorsqu’il est question d’arts visuels dans les médias, la question de la valeur monétaire intervient souvent très rapidement.

Dans la première édition de cette chronique, j’écrivais que le travail des artistes a une valeur qui n’est pas économiquement quantifiable, ne l’a jamais été, ne le sera jamais et n’a pas à l’être, malgré le système marchand dans lequel il s’inscrit. Pourtant, il y existe un « marché de l’art », des œuvres sont vendues par des artistes et des galeristes, on retrouve une étiquette de prix au bas des toiles, il existe des catalogues recensant la « cote » des artistes, etc. « For the Love of God » de Damien Hirst a été vendu pour 50 millions de £ en 2007 (environ 80 M $ aujourd’hui). « Hanging Heart » de Jeff Koons, pour 23,6 millions de $ la même année.

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