Le français dans l’espace public à Montréal va bien

Ce matin dans Le Devoir, Monelle Guertin, doctorante en linguistique, publiait un texte fort instructif sur les statistiques démolinguistiques qui constituent des indicateurs adéquats pour évaluer la bonne ou la mauvaise santé du français, et montre que bien plus que la langue maternelle ou celle parlée à la maison « l’indicateur le plus pertinent pour [s]a vitalité […] se trouve à être la langue d’usage public ». En effet, faire du français la langue qu’on utilise pour « communiquer avec les autres membres de la société » est ce qui a motivé l’adoption de la loi 101 et toutes les mesures politiques en la matière depuis des décennies ont visé à faire du français la langue d’usage commune, comme on dit, tant à l’école, au travail que dans la vie publique et politique.

Je vous invite à lire son éclairant texte. Ce qui m’a toutefois frappé, c’est le commentaire d’un lecteur, qu’on retrouve sur le site du Devoir. Celui-ci affirme, en gros, que l’auteure ne tient pas compte de la situation à Montréal (elle s’intéresse à l’ensemble du Québec en effet), et que les données du recensement de Statistique Canada qu’elle cite « ne sont pas significatives« , puisque c’est à Montréal que « le sort du français se joue ». Il conclut en écrivant: « Si je me fie à ma propre observation plutôt qu’aux ‘chiffres’, l’anglicisation de Montréal est officieusement beaucoup plus importante que ce que croient les experts d’Ottawa. »

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Dans l’ombre | Chronique à «L’Itinéraire»

Les festivités du 375e anniversaire de Montréal coûteront cher, très cher. Mais à qui profiteront-elles? C’est l’objet de ma réflexion dans ma chronique du numéro du 15 mai du magazine L’Itinéraire, dans les mains de votre camelot maintenant.

Il s’agit de notre numéro annuel spécial «100% camelots»: ce sont eux qui ont assumé la direction éditoriale de l’ensemble du numéro et qui ont produit la presque totalité des articles.

Une monnaie pour Montréal? | Entrevue au «Journal des voisins»

J’ai donné une entrevue à Julien Gauthier-Mongeon du Journal des voisins, du quartier Ahuntsic-Cartierville à Montréal, sur les initiatives de monnaies locales, que je reproduis ici:

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Cabaret Carrefour Absolu 6e édition

Ce soir, Absolu Théâtre et le Carrefour Parenfants présentent le Cabaret Carrefour Absolu 6e édition. Un spectacle plein de vie, de rires et de talents, doublé d’un encan très, très chouette. Ces deux organismes importants de Hochelaga-Maisonneuve montrent que le théâtre peut aider concrètement les jeunes du quartier. Une initiative fabuleuse! La soirée est sous la présidence d’honneur de la non moins fabuleuse Ève Landry. À titre de membre du CA d’Absolu depuis tout ce temps, je ne cesse de m’émerveiller du beau et du bon que ces organismes réalisent.

Si vous ne pouvez y être, vous pouvez faire un don, petit ou grand, par ici.

À ce soir!

L’«Itinéraire» a vingt ans !

L’Itinéraire, le journal de rue de Montréal, fête cette année ses vingt ans. Faut le faire ! Un magazine qui fait maintenant près de 50 pages, publié deux fois par mois, produit par des artisans convaincus et généreux et distribué par des camelots de la rue. Un magazine qui est l’incarnation même de l’insertion sociale pour les exclus de notre opulente société. Je lis presque systématiquement l’Itinéraire depuis ses débuts. Ce fut d’abord, comme bien d’autres, pour encourager l’initiative. Puis, par simple intérêt – car il s’agit là d’un magazine de grande qualité, traitant d’une multitude de sujets d’importance.

Itinéraire-Ianik-MarcilPourtant, c’est son talon d’Achille: si on n’a jamais lu l’Itinéraire, on croit qu’il ne parle que d’itinérance. Or, ça n’est pas le cas. Culture, politique, économie, justice ou développement social sont autant de thématiques traitées par ce que d’aucun appellent L’Actualité de la rue.

Pour ses vingt ans, le magazine revampe à la fois sa maquette et son contenu. Je ne suis pas peu fier de débuter, avec ce numéro du 1er février, une collaboration régulière. À chaque édition, j’y signerai un chronique d’humeur sur les dérives morales de nos systèmes économiques et politiques, sur les injustices qu’ils créent et, aussi, sur la possibilité que nous avons de changer les choses.

Mardi le 4 février, l’Itinéraire organise un événement spécial pour souligner ses vingt ans, « Camelot d’un jour »:

Une quarantaine de personnalités d’affaires et médiatiques vendront L’Itinéraire avec un camelot, de 11h30 à 12h30. Les profits de la vente iront au camelot. L’exercice se veut un geste de solidarité envers des personnes qui chaque jour vont dans la rue pour se réinsérer et vendre un magazine de conscientisation sociale aux Montréalais.

La vingtaine de personnalités du milieu des affaires ont également pour objectif de récolter chacune quelque 2 000 $ pour soutenir les services de réinsertion de L’Itinéraire.

Pour en savoir plus, c’est par ici.

Longue vie à cette initiative essentielle !

PS: Pour celles et ceux n’habitant pas Montréal, vous pouvez lire le numéro précédant de l’Itinéraire en version PDF sur leur site web (le jour de la sortie du numéro courant).

Voir | Rêver Montréal

NB: ce texte a été publié originellement le 2 novembre 2013 sur le site du Voir.

 

La politique municipale au Québec a ceci de singulier que malgré l’impact immédiat des décisions sur la vie des citoyens, les élus bénéficient d’une marge de manœuvre relativement limitée. Les élus ont parfois des budgets très importants à gérer – celui de la Ville de Montréal, par exemple, est de 4,8 milliards de $ – mais ces dépenses sont généralement cadenassées par nombre de services incompressibles et difficilement aménageables. Ça n’est qu’à la marge que les conseils municipaux sont en mesure de changer les choses. Nombre d’entre eux, partout au Québec, réussissent néanmoins à faire des petits miracles, mais leur pouvoir de changer les choses en profondeur demeure limité.

Pourtant, la ville demeure la pierre d’assise du développement économique et social de l’ensemble du Québec. Des villes dynamiques, à la fois entre leurs murs et dans leurs interrelations, créent une économie et une société dynamique à la grandeur du territoire.

Proposer de grands projets et une vision à long terme pour le développement d’une ville n’est financièrement pas à la portée d’un conseil municipal, y compris pour la métropole, aussi imposant son budget soit-il. Au final, ce sont les gouvernements fédéral ou provincial qui les financeront.

C’est la raison pour laquelle le maire, ceux des arrondissement et leurs équipes doivent posséder au minimum l’une des deux qualités suivantes: (1) soit avoir une influence politique importante auprès des élus à Québec et à Ottawa, (2) soit avoir une vision détaillée, rigoureuse, documentée et cohérente qui rende sa mise en œuvre « rationnellement » incontournable.

Dans l’idéal, les élus de la métropole, et plus particulièrement son maire, devraient conjuguer ces deux qualités. Il y en a eu dans le passé. Malgré tous ses défauts – et les erreurs extraordinaires qu’il a pu faire – Jean Drapeau a été l’un de ceux-là. Malheureusement dans la campagne actuelle, aucun des candidats à la mairie ne combine ces qualités.

Dans un éditorial hallucinant d’incohérence, André Pratte considère qu’on doive favoriser la première de ces deux qualités (l’influence du maire auprès de Québec et Ottawa) sur la seconde: selon la position officielle de La Presse, Denis Coderre a fait une campagne décevante, n’a pas proposé d’engagement inspirants et ni précis et on peut craindre « que son administration ne soit minée dès le départ par de nouvelles descentes de police ». Malgré tout, aux yeux de M. Pratte, seul Coderre « sait faire de la politique et ainsi s’imposer face à Ottawa et à Québec ». C’est la raison pour laquelle le choix de La Presse se porte sur Coderre.

Si je comprends bien, D. Coderre est le seul à être en mesure de faire entendre son absence de vision et de projet auprès de Québec et Ottawa.

Belle conception de la vie politique.

Je crois pour ma part que la deuxième qualité attendue d’un maire et de son équipe, avoir une vision qui fasse rêver, des projets concrets pour transformer la ville à long terme, est une condition nécessaire. L’influence politique auprès des paliers supérieurs, en revanche, n’est pas une condition suffisante pour faire de Denis Coderre un bon maire pour Montréal; on peut dire la même chose de Marcel Côté ou Mélanie Joly.

Richard Bergeron n’a pas le « charisme » (sic) de Denis Coderre? Sa capacité d’influence politique auprès de Québec et d’Ottawa est moindre? Peut me chaut. Projet Montréal (PM) est le seul parti à proposer aux Montréalais un programme politique étoffé, cohérent et dont l’envergure est à la mesure du nécessaire développement en profondeur pour la métropole.

Qui plus est, et il s’agit là à mes yeux de l’atout le plus précieux de PM, la plupart des arrondissements bénéficient non seulement d’équipes très compétentes et dynamiques (composées souvent de jeunes hommes et femmes solidement impliquées dans leurs communautés) mais aussi de programmes locaux audacieux basés sur des réflexions et des consultations approfondies.

À titre d’exemple, dans mon arrondissement, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, PM propose un « écoparc » basé sur l’électrification des transports. Le site de cet écoparc se situerait sur immense terrain industriel en grande partie abandonné d’une superficie de 4,5 millions de pieds carrés. Le projet a été pensé en fonction du prolongement du boulevard L’Assomption annoncé par Québec. Le complexe, qui aurait l’ambition d’avoir la plus faible empreinte écologique au Canada (récupération des eaux de pluie, toits végétalisés, etc.), servirait d’incubateurs d’entreprises innovantes et pourrait également intégrer des entreprises d’économie sociale.

Ce projet est à l’image de ce que propose PM dans l’ensemble de sa plateforme électorale: ambitieux, audacieux et structurant à long terme pour l’ensemble de la métropole, en cherchant, notamment, à retenir voire attirer les familles à Montréal en créant des pôles d’emplois de qualité. Bien plus, à l’échelle locale, il permettrait de souder l’est et l’ouest de l’arrondissement, scindé en deux par ce no man’s land affreux et inutile.

Je ne donnerais pas le bon dieu sans confession à M. Bergeron – pas plus qu’à aucun politicien, par définition. Mais les équipes de Projet Montréal, la vision de sa plateforme électorale et la cohérence de l’ensemble des projets qu’ils proposent pour l’avenir de la métropole me semblent les seuls garants d’un développement de qualité pour notre ville. J’insiste sur « les équipes »: j’ai suivi la campagne de la plupart des arrondissement de la ville et les équipes de PM dépassent, et de très loin, celles de leurs adversaires. Qui plus est, j’aurai le plaisir de voter demain pour mon ami Pierre Lessard-Blais comme maire de mon arrondissement, un jeune entrepreneur et commerçant, impliqué sur le terrain sept jours sur sept ces dernières années, à l’écoute de sa communauté et qui nous invite sincèrement à rêver ensemble le Montréal du 21e siècle.

Entre un Denis Coderre qui sait « s’imposer face à Ottawa et à Québec » et qui présente une équipe potentiellement corrompue selon André Pratte et un urbaniste qui connaît Montréal comme le fond de sa poche et a des projets concrets pour l’ensemble du territoire comme Richard Bergeron, mon choix est clair.

Trous de mémoire

NB: ce texte a été publié originellement le 4 août 2013 sur le site du Huffington Post Québec.

 

Si les vacances permettent – entre autres – de briser la routine, elles peuvent alors ouvrir les portes de l’inconnu et de l’exploration. L’une de ces portes donne mène en des coins sombres, méconnus de notre histoire. Depuis plusieurs décennies, de nombreux historiens ont mis en lumière des aspects inexplorés de l’évolution de nos sociétés. Quelques ouvrages récemment publiés racontent de tels épisodes fascinants du passé au Québec.

style="float:On se doutait bien qu’il y eut des esclaves au Québec – et particulièrement chez les bourgeois de Montréal – mais aucune étude n’avait été publiée jusqu’à ce jour pour le grand public. L’historien Frank Mackey offre dans son ouvrage L’esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840 (d’abord paru aux presses de l’Université McGill en 2010) une fascinante histoire des Noirs – et donc de l’esclavage, puisque jusqu’à l’abolition de l’esclavage au début du 19e siècle, il n’y avait de Noirs à Montréal qu’esclaves. L’auteur présente modestement son livre comme «ouvrage de référence, rapport d’étape et invitation à entreprendre de nouvelles recherches» (p.35). Il s’agit, en réalité, du résultat d’un travail colossal: l’auteur a épluché des centaines de documents d’archive, page par page, afin de mettre en lumière la réalité des Noirs à Montréal, de la Conquête jusqu’à l’abolition complète de l’esclavage, au milieu du 19e siècle. Car, nous explique-t-il, l’historiographie – y compris la plus récente – est à ce point déficiente sur cet aspect de notre histoire (quand, rarement, elle en parle) qu’elle charrie des mythes et des faussetés qui se perpétuent depuis 150 ans. À commencer par le grand François-Xavier Garneau qui, dans son Histoire du Canada publiée en 1845-49, «déclarait que le gouvernement français avait tenu le Canada à l’abri du fléau de l’esclavage, ce qui aurait fait de la Nouvelle-France une exception» (p.52). Ce qui est totalement faux.

L’esclavage a existé en Nouvelle-France et au Bas-Canada et les Noirs y ont donc été présents, depuis les débuts de la colonisation. Pourquoi alors les travaux d’historiens et même les témoignages contemporains en font si peu état? C’est que d’une part, contrairement au Haut-Canada, qui comptait plus d’une dizaine de millier de Noirs dans sa population en 1840, on n’en comptait que quelques centaines au Bas-Canada à la même époque – les terres loyalistes ayant été une destination plus naturelle pour les Noirs américains (p.478). D’autre part, l’esclavage à Montréal revêtait un caractère «extraordinairement ordinaire» (p.189) à l’époque, le rendant, pour ainsi dire, invisible aux yeux des contemporains et, par ricochet, à ceux des historiens.

Ce qui est vrai de la réalité de l’esclavage à Montréal l’est aussi de son abolition. Car l’ouvrage de Mackey cherche à retracer l’histoire graduelle de l’«abolition maison» de l’esclavage au Québec au tournant du 19e siècle. L’auteur montre ainsi que le silence historiographique sur l’esclavage s’explique en grande partie par l’«indifférence à l’égard de sa disparition» (p.142) pour les Canadiens de l’époque. Il s’agit donc d’une entreprise visant à combler un grand trou de mémoire collective que nous offre l’auteur, dans un livre aussi rigoureux que passionnant, qui fait revivre la réalité non seulement de l’esclavage et de son abolition mais de la vie quotidienne des Noirs à Montréal et des métiers variés qu’ils ont exercé à l’époque. Une vie qui n’a pas laissé beaucoup de traces, mais qui a doucement contribuer à façonner le Montréal d’aujourd’hui.

style="float:À l’époque où nous quittons cette histoire des Noirs naissait un homme qui allait, lui, laisser une trace durable et visible dans le paysage montréalais: Joseph Venne (1858-1925), architecte de son état. Il a légué à Montréal des édifices emblématiques comme le Monument National ou la Banque du Peuple (aujourd’hui l’hôtel Place d’Armes). Un collectif multidisciplinaire retrace le parcours de cet homme d’exception qui a signé les plans de dizaines d’édifices majeurs non seulement à Montréal, mais un peu partout au Québec, ailleurs au Canada et en Nouvelle-Angleterre – dont plusieurs édifices religieux. Le livre présente en quelques chapitres le parcours professionnel et intellectuel de l’homme en le replaçant dans son contexte historique et social. Bien plus, la moitié de l’ouvrage est constituée de cinq passionnants circuits pédestres dans les rues de Montréal permettant d’aller à la découverte des bâtiments qu’il a édifiés. On y explique à la fois les caractéristiques architecturales et la signification historique de chacun d’entre eux, faisant revivre une époque révolue de l’histoire de notre communauté. Si le néophyte en architecture – que je suis – se perd parfois dans les termes techniques de la discipline qu’il ne maîtrise pas (voir encadré ci-dessous), il s’y retrouve en revanche dans les descriptions historiques et photographies d’époque et permet de combler, pour plusieurs d’entre nous, un autre trou de mémoire historique.

style="float:Abécédaire architectural. Les néophytes sont invités à s’initier «en trente secondes» à un sujet parfois vaste et complexe dans une collection qui porte ce nom, publiée au Québec par Hurtubise. L’Architecture en 30 secondes: Les 50 principes et styles architecturaux les plus marquants permet de se familiariser avec le vocabulaire riche de cette discipline millénaire. On y apprendra autant ce qu’est l’architecture organique ou le brutalisme comme la fonction de l’arc ou du contrefort – nous avons tous vus des contreforts dans notre vie sans savoir ni les nommer ni en comprendre le rôle. Ceux qui s’y connaissent n’y apprendront rien – probablement seront-ils agacés par les choix éditoriaux de l’auteur. Mais les novices, dont je suis, y trouveront matière à explorer davantage l’histoire et le langage fabuleux de l’architecture. Merci internet: un bâtiment, un style, une notion qui nous intrigue nous mène à gambader entre mille documents passionnants. Je me permets de souligner la qualité de la fabrication de l’ouvrage – à l’heure de la dématérialisation, il montre que la créativité et l’art du livre a toujours sa place: couverture rigide, illustrations riches, typographie soignée, reliure cousue font de ce bouquin un bel objet qui passera de mains en mains, à prix fort raisonnable, qui plus est. Architecture en 30 secondes: Les 50 principes et styles architecturaux les plus marquants, expliqués en moins d’une minute, de Edwad Denison (Hurtubise, 2013, 160 p., ISBN 978-2-89723-174-3, 21,95$).

style="float:Dans le même ordre d’idées, la même maison, Septentrion, a publié deux petits livres captivants sur des aspects méconnus de l’histoire populaire de la ville de Québec. Deux circuits pédestres dans les rues de la capitale qui nous font revivre, documents d’archive à l’appui, des côtés sombres – quand ça n’est pas lugubres – de la vie nocturne (Luxe et ivrognerie) et de celle de la justice (Crimes et châtiments), particulièrement au 19e siècle. Il s’agit ici aussi de balades imaginées et documentées par une petite entreprise qui offre aux touristes, aux étudiants et à tous les curieux des circuits historiques thématiques – les Six-Associés. Si par hasard vous imaginez la vie dans la Vieille Capitale sage et rangée à l’époque victorienne, ces deux petits ouvrages captivants vous feront changer d’avis rapidement. Deux circuits qui donnent envie d’aller à la rencontre de notre histoire et de rencontrer, au détour d’une petite rue du Vieux-Québec, les fantômes d’une prostituée, d’un joueur ivre mort ou d’un bourreau achevant la vie délinquante de quelque voleur de grand chemin si ça n’est, même de ceux de deux duellistes s’affrontant hors des fortifications, question d’échapper à la justice officielle.

Il est à souhaiter que l’éditeur multiplie les publications de cette collection et nous offre des circuits historiques similaires un peu partout au Québec. Si des historiens du calibre de Frank Mackey nous permettent de connaître des aspects inconnus de notre histoire, des vulgarisateurs de talent nous conduisent sur des chemins méconnus (ou oubliés) du grand public pour notre plus grand bonheur.

L’esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840, de Frank Mackey (Hurtubise, 2013, 662 p., ISBN 978-2-89723-109-5, 49,95$).

Crimes et châtiments: La justice à Québec du XVIIe au XIXe siècle, par Les Services historiques Six-Associés (Septentrion, 2013, 95 p., ISBN 978-2-89448-737-2, 9,95$).

Luxure et ivrognerie: La vie nocturne à Québec au XIXe siècle, par Les Services historiques Six-Associés (Septentrion, 2013, 101 p., ISBN 978-2-89448-736-5, 9,95$).

Sur les traces de Joseph Venne, Architecte, 1858-1923, de Michel Allard, René Binette et Soraya Bassil (Septentrion, 2013, 272 p., ISBN 978-2-89448-724-2, 24,95$).

Plus ça change plus c’est pareil

NB: ce texte a été publié originellement le 4 mai 2013 sur le site du Voir.

 

Mon ami Éric Robertson, un militant de la première heure, publie aujourd’hui cette récapitulation d’événements récents qui (notamment le 1er mai) ressemblent tous à des abus de langage, de pouvoir ou de bêtise… Je me permets de les partager avec sa permission:

 

Tandis que La Presse lance sa nouvelle plateforme de publicités interactives, que Lysiane Gagnon étend sa bêtise sur la place publique sans la moindre retenue et que TVA vous informe sur un rassemblement de roux, les médias alternatifs démontraient cette semaine leur nécessité indéniable en faisant… ce qu’ils font chaque semaine.

Le soir du 30 avril avait lieu, peu après 23h à la Place Émilie-Gamelin, un rassemblement dansant à l’occasion de la journée internationale des travailleurs et travailleuses.

Mario Jean/MADOC y a réalisé ce magnifique court-métrage.

Biron Desbois, militant et reporter indépendant, y a capté ces scènes illustrant bien l’ambiance festive de la soirée, la réaction prévisible du SPVM et leur refus de respecter leur propre code de déontologie, dans cette vidéo.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas M. Desbois, je vous invite à lire ce témoignage particulièrement marquant qu’il a signé suite à son arrestation, et torture, par le SPVM le 15 mars dernier, sur cette page Facebook.

Le lendemain, peu après 18h, se rassemblaient devant l’Hôtel de Ville de Montréal deux contingents séparés pour la marche annuelle anticapitaliste du 1er mai. Dès leur arrivée, les groupes d’intervention du SPVM initiaient une première de deux souricières. Quelques minutes plus tard, le SPVM ouvrait une voie à travers laquelle la foule dû quitter. La raison de ce relâchement a étée captée par Biron Desbois dans cette vidéo.

Au même moment, une médic se faisait foncer dessus par un policier, alors qu’elle scandait « l’usage de la force n’est pas nécessaire » – ce qu’on peut constater dans cette vidéo.

Au total, ce sont 6 médics qui seront arrêtéEs le 1er mai. Une fois la foule déplacée sur De la commune, le SPVM a procédé à la deuxième et dernière souricière. L’ensemble des événements fut capté et diffusé par plusieurs médias alternatifs, dont CUTV et et Mario Jean/MADOC.

99%Média a diffusé en direct, dès 18h, le début du rassemblement, la souricière initiale, la pléthore d’abus qui y ont eu lieu, la seconde souricière, la pléthore d’abus qui y ont eu lieu, l’arrestation du caméraman ainsi que le voyage en autobus jusqu’au Centre Opérationnel Est du SPVM, plus de 6 heures après le début de la diffusion. L’archive complète est ici.

Pendant qu’avait lieu cette même souricière, le journaliste indépendant Moïse Marcoux-Chabot réalisait cette entrevue pour le moins surprenante avec le “collabo” le plus célèbre du Québec, Sylvain Fillion.

D’autre citoyenNEs présent ont capté et diffusé plusieurs séquences révélatrices sur les méthodes de gestion de foule du SPVM, dont:

Une jeune femme frappée au visage par un bouclier pendant qu’elle note des matricules.

Un petit groupe intimidé et brutalisé par des policiers à vélo qui hurlent de circuler… pendant que le groupe circule sur le trottoir.

Biron Desbois a capté cette scène où un policier lui lance « M’a t’en faire une liberté de presse » peu avant qu’un autre le matraque sauvagement.

Un court-métrage choc fut également produit à la suite de ces événements, demandant, avec raison, si nous allons attendre qu’il y ait un mort avant de réagir.

Le journaliste indépendant Simon Van Vliet était également sur les lieux, arrêté et conduit au Centre Opérationnel, tel que détaillé dans ce témoignage essentiel.

Le lendemain matin, le jeudi 2 mai, le SPVM intervenait auprès d’une « manifestive » d’élèves d’âge primaire prétextant qu’aucun itinéraire n’avait été fourni par ces derniers… qui traversaient d’un coin de rue à l’autre, au feu vert, accompagnés de leurs parents. La nouvelle fit rapidement le tour des médias sociaux, à un point tel où le SPVM s’empressa de nier la chose, contredisant les témoins et journalistes sur place. Le résumé des événements par Éric.

Pendant ce temps, Moïse Marcoux-Chabot poursuit son enquête troublante sur les grenades assourdissantes utilisées par la police de Montréal sans le moindre soucis pour les règles de sécurité de base. Attention, certaines images pourraient choquer.

La semaine précédente, l’Association des Juristes Progressistes publiait ce rapport accablant sur les abus policiers du Printemps Érable.

… rapport ayant suffisament marqué Lysiane Gagnon pour qu’elle signe ce cri d’alarme face à ces abus

Plus ça change, plus c’est pareil.

Je suis en colère

NB: ce texte a été publié originellement le 23 mars 2013 sur le site du Voir.

 

Hier, j’étais à un lancement de deux livres publiés par Écosociété. Nous avons appris que plusieurs de nos amis très chers étaient pris en souricière par les policiers au même moment, avant même de commencer à manifester.

D’une part je ne suis pas particulièrement en faveur des manifestations, présentement. Je ne crois pas que cela soit tactiquement favorable. Ça se discute, bien sûr. Cela dit, pour n’importe qui a habité une ville comme Paris, par exemple, manifester pour mille bonnes et mauvaises raisons peut très bien se vivre. Dans cette ville, il n’y pratiquement pas moyen d’aller acheter une typique baguette sans tomber sur une manif. Manifester fait partie du droit d’expression de l’opinion. En revanche, je ne vois pas le problème avec le fait de le faire dans la légalité; ici: donner l’itinéraire. Arracher sa chemise sur ce simple règlement est une perte d’énergie inutile.

Car le problème est ailleurs. Ce simple règlement permet aux policiers, comme c’était le cas hier, d’arrêter des centaines de personnes avant même qu’ils aient entonné quelconque chant ou slogan. C’est ce qui est arrivé à mes amis hier.

C’est la raison pour laquelle Blandine Parchemal, Éric Martin, Gabriel Nadeau-Dubois, moi et d’autres avons convié les invités à ce lancement d’aller rejoindre nos amis pris en souricière, en solidarité. Nous étions une trentaine – des profs, des écrivains, des étudiants – très calmes. Les policiers nous ont bloqué rapidement l’accès aux lieux du « crime ». Fair enough. Nous jasions entre nous très calmement et en rigolant. Sans aucun avertissement ni aucune raison, les policiers nous ont chargé. Ont renversé Blandine violemment sur le sol (moi aussi, mais moins violemment) – encore une fois: sans aucune raison.

Là est le problème. Si un policier était venu nous parler et nous demander, je ne sais pas, de nous retirer parce qu’ils avaient de la difficulté à gérer la situation, je suis persuadé que nous aurions minimalement discuté avec eux et que nous aurions quitté les lieux tranquillement. Ce que nous avons fait, au demeurant, sous l’escorte de paniers à salade qui visait manifestement à nous intimider.

Une société démocratique fondée sur le droit qui accepte ces écarts de violence institutionnalisée est odieuse, ignominieuse et s’étiole. Il est urgent de questionner les manières de faire de nos corps policiers. Comprendre pourquoi ils considèrent que 30 adultes pacifiques réunis calmement devant eux sans aucune attitude de confrontation constitue une menace à la paix sociale. Une menace qui mérite de les frapper violemment de leurs boucliers qui sont, jusqu’à preuve du contraire, un outil pour les protéger, non pas pour attaquer des citoyens qu’ils devraient servir et non pas envers lesquels ils devraient sévir.

Ce matin, ma colère est encore plus grande que l’an dernier face à ce qui constitue clairement des exemples répétés d’abus de pouvoir inacceptables dans ce qui devrait être une société juste, fraternelle et démocratique.

Bande d’illettrés (économiques)

NB: ce texte a été publié originellement le 12 février 2012 sur le site du Voir.

 

Vernissage typique dans une galerie courue avec ma blonde (artiste). Une de ses connaissances, qui ne me connaît pas, me demande:

- Toi aussi, tu es artiste ?

- Non, je suis économiste.

(Silence gêné, petit sourire.)

Si tout se passe bien, mon interlocuteur ne sait pas quoi ajouter et ma blonde vole à son secours en excusant ma honteuse profession: « Mais Ianik écrit aussi beaucoup sur les arts, il tient entre autres une chronique dans ratsdeville ! » (ceci est une méta-plogue).

Si tout ne se passe pas bien, j’ai le droit aux désespérantes répliques suivantes, au choix:

(a) Ah ! Alors, tu peux sans doute m’aider dans mes impôts ! Ah ! Ah !

(b) Que penses-tu des idées économiques du/de la ___ (insérer ici le parti/mouvement politique dont on a parlé le matin aux infos).

(c) C’est fou, la Chine, hein, quand même ?

La méconnaissance généralisée de mon métier n’aurait aucune espèce d’importance si ça n’était de l’omniprésence des économistes dans les médias. Mais beaucoup plus grave, je prétend que cette situation est le reflet du peu d’intérêt que nous accordons à l’économie, malgré qu’elle soit un sujet de préoccupation quotidien pour un un grand nombre d’entre nous, ne serait-ce que pour des raisons personnelles.

En janvier dernier, Influence communications signalait l’existence d’un mémoire de maîtrise intitulé « Le retard de Montréal sur Toronto en matière de journalisme économique » de Stéphane Desjardins. M. Desjardins est maintenant Directeur adjoint chez Canal Argent (TVA). Ce mémoire, diffusé par la suite par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a été retiré de leur site suite à une vaine controverse; pour la même raison, je crois, il n’est plus disponible sur le site de l’UQÀM. Quoiqu’il en soit, je l’ai téléchargé sur mon serveur et vous pouvez le lire ici (PDF).

Cette étude est fort intéressante. Pour ma part, il m’importe peu de savoir que Montréal a un retard sur Toronto en matière de journalisme économique: le peu de place de qualité accordée au journalisme économique est généralisé dans la presse francophone québécoise (et dans la presse francophone en général). Mon constat personnel est le suivant et va dans le sens du mémoire de M. Desjardins:

  • On confond « business » et économie. La plupart des sections « économie » des médias écrits ou parlés s’appellent « affaires. » Ça n’est pas anodin puisqu’une large majorité de la couverture médiatique de l’économie au Québec est consacrée au monde de l’entreprise. Non pas que ça soit mauvais en soi, bien sûr, mais les véritables questions macroéconomiques (chômage, pauvreté, innovation, compétitivité, commerce international, politiques publiques, etc.) occupent la portion congrue de tous les médias généralistes. Même les trois articles ayant remporté les « Prix de journalisme économique et financier » décernés par l’Association des économistes du Québec traitent essentiellement d’histoires du monde des affaires.
  • On confond finances personnelles et économie. Je suis économiste et non je ne peux pas faire votre rapport d’impôts (il y a des comptables pour ça) ni vous conseiller sur l’évolution du titre de Apple (il y a des conseillers financiers pour ça). Une large portion des pages économiques est consacrée à ces questions. Non pas que cela soit mal non plus, mais il ne faut pas confondre un texte sur l’évolution de l’agriculture et un guide pour aider à cultiver ses tomates.
  • Mais surtout, on présente l’économie comme la chose la plus ennuyeuse du monde. Pourtant, l’économie, ça peut être sexy. Quand j’entends aux informations quelque chose comme « La Banque du Canada maintient le taux cible du financement à un jour à 1%; le taux officiel d’escompte demeure à 1,25%, et le taux de rémunération des dépôts, à 0,75% » je veux hurler. PERSONNE ne comprend cela à part les économistes et quelques autres nerds. C’est comme si un scientifique nous parlait du réchauffement climatique en disant « Entre 1970 et 2004, les rejets annuels de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre anthropique, sont passés de 21 à 38 gigatonnes (Gt), soit une progression d’environ 80 %, et représentaient 77 % des émissions totales de GES anthropiques en 2004 » (tiré du dernier rapport du GIEC). Pourtant, justement, les scientifiques sont passés maîtres dans l’art de la vulgarisation. Comment se fait-il qu’un Stephen Hawking soit capable de rendre aussi captivant qu’un polar un bouquin qui nous parle de théorie des cordes et de trous noirs alors que les économistes en sont si rarement capables ? Surtout, comment se fait-il que le journalisme scientifique (quoique trop absent de nos médias généralistes) soit si intéressant et vivant, en témoignent les émissions de Radio-Canada, l’Agence science-presse ou le blogue de Valérie Borde alors que les pages économiques donnent au mieux l’envie de les utiliser pour éplucher les patates ?

Je ne suis pas sociologue et je ne connais pas les causes profondes de cette situation, qui ont sans doute à voir avec l’histoire catholique-française du Québec. Mais ce constat me désole, car il n’est pas sans conséquence. Les décisions économiques prises par nos gouvernants ont des impacts directs sur notre vie et notre futur mais peu de Québécois sont en mesure d’en comprendre ne serait-ce que les rudiments. Si on continue à leur présenter de manière aussi morne et ennuyeuse les questions économiques, ça n’est pas demain la veille qu’ils pourront prendre des décisions éclairées sur leur futur. Et on continuera à entendre dans les partys de famille de désespérantes généralités fondées sur l’intuition plutôt que la connaissance.

Et on ne parle même pas de l’école – il est scandaleux qu’il n’y ait à peu près aucune place accordée à l’économie et à la sociologie au secondaire. On peut, au Québec, avoir un diplôme de secondaire V sans rien connaître des enjeux sociaux, politiques et économiques contemporains. C’est quand même un comble !

Pourtant, nous avons plusieurs journalistes de qualité qui couvrent les questions économiques. Je ne crois pas que ce soit là le problème. Le problème, c’est celui des décideurs au sein des médias, qui n’accordent pas suffisamment de place à ces questions, mais surtout n’osent pas. La presse économique québécoise est d’un conventionnel sidérant. Si les questions économiques étaient présentées de manière aussi soignée et sexy que celles reliées au sport ou même aux sciences, le débat sur les enjeux et politiques économiques s’élèverait d’autant.

Et peut-être qu’on serait moins mal à l’aise dans les vernissages me sachant économiste… ;-)

Cela étant, je me permets de vous suggérer quelques lectures, livres et blogues, que je trouve particulièrement bien faits, accessibles au plus grand nombre et qui permettent de réfléchir intelligemment aux problèmes économiques actuels. Je me suis restreint aux livres et blogues en français.

 

Livres

Deux livres d’introduction aux problèmes économiques:

Jim Stanford (2011), Petit cours d’autodéfense en économie: l’abc du capitalisme, Montréal: LUX. Probablement le meilleur livre d’introduction à l’économie sur le marché actuellement. Ludique, vivant et intelligent.

Donald Marron (2011) Théories économiques en 30 secondes, Montréal: Hurtubise. Formule amusante, très facile d’accès mais tourne parfois un peu les coins ronds; accessible et permet de « sauter » les sujets qui nous intéressent moins.

Deux livres pour mieux comprendre la crise que nous continuons à traverser; ce sont des ouvrages collectifs qui ont tous les deux l’avantage de présenter des points de vue diversifiés (et contradictoires):

Forum d’action modernités (2009), Vers un autre monde économique, Paris: Descartes & Cie.

Le Cercle des économistes, sous la dir. de Pierre Dockès et Jean-Hervé Lorenzi (2009), Fin de monde ou sortie de crise ? Paris: Perrin.

Blogues

Monsieur Économie à Radio-Canada, Gérald Fillion a modifié la formule de son blogue au cours de l’été dernier et lui a donné, il me semble, un vent de fraîcheur. Son blogue respecte son souci pour l’indépendance et la neutralité tout en n’hésitant pas à souligner la gravité ou l’importance de certains enjeux. Sur Twitter: @geraldfillion.

Le blogue de Diane Bérard est l’un de mes préférés au Québec. Il traite d’affaires internationales et offre, ce faisant, une vision globale et souvent très originale sur les questions économiques contemporaines. Diane Bérard s’intéresse souvent aux questions reliées à la gouvernance des entreprises, à l’innovation et aux conséquences sociales et politiques des bouleversements économiques que nous vivons. Sur Twitter: @diane_berard.

Rédigé sur un ton parfois un peu trop « sérieux » à mon goût, j’apprécie néanmoins énormément la grande rigueur des billets du blogue de Pierre Duhamel sur le site de L’Actualité. Sur Twitter: @duhamelp.

Le blogue « Démystifier la finance: Éthiques et marchés » de Georges Ugeux sur le site du journal Le Monde est un petit bijou de vulgarisation du monde de la finance.

Finalement, le site Project Syndicate publie des textes extraordinairement pertinents des plus grands économistes du monde (principalement des États-Unis, donc): Kenneth Rogoff, Nouriel Roubini, Joseph E. Stiglitz, Laura Tyson et plusieurs autres. Les articles sont traduits en plusieurs langues, dont le français. Un must.

 

N’hésitez évidemment pas à me faire vos propositions !