Les barons du pétrole

NB: ce texte a été publié originellement le 22 juillet 2013 sur le site du Voir.

 

L’épouvantable tragédie de Lac-Mégantic a fait ressurgir de nombreuses craintes quant aux risques environnementaux liés au transport du pétrole, bien sûr. Mais au-delà, elle a mis en lumière, à nouveau, notre forte dépendance au pétrole. S’en sont suivis de nombreux amalgames de revendications et d’indignations diverses et variées: contre l’exploitation des sables bitumineux, le transport par pipeline et/ou par oléoducs, l’urgence de mettre fin à cette dépendance dans un contexte où les réserves d’énergies fossiles seront bientôt épuisées, etc.

Il s’agit là de questionnements et d’inquiétudes légitimes, de décisions essentielles que nous devons prendre pour la suite des choses. Mais l’industrie pétrochimique n’est pas une industrie comme les autres. Le pétrole est ce qu’on appelle un « super-intrant ». C’est-à-dire qu’il y a du pétrole dans à peu près tout ce que nous consommons. Non pas physiquement, je vous rassure: les tomates que vous achetez au supermarché, toutes pétries d’OGM qu’elles soient, ne contiennent pas de trace d’or noir en leur chair. En revanche, pour les acheminer du producteur maraîcher à votre supermarché ou à la fruiterie du coin, l’utilisation du pétrole interviendra nécessairement dans la chaine de valeur, ne serait-ce que pour transporter par camion ces légumes du champ où ils sont cueillis jusqu’au point de vente. Sans compter son utilisation en amont: pour transporter les travailleurs aux champs ou les semences et les engrais.

Le même air – sinon la même chanson – se répète pour tous les biens et services que nous consommons: de votre comptable qui vous visite et vous décharge de votre pile de factures aux romans qui bercent vos loisirs en passant par ce voyage fabuleux que vous faites avec votre petite famille à Tadoussac, Paris ou Fort Lauderdale.

Notre dépendance au pétrole demeure complète. S’en affranchir implique une transformation radicale de l’organisation de notre vie matérielle et économique (voyez ces ouvrages dont j’ai parlé ou le nouveau blogue de mon collègue au Voir Philippe Gauthier sur ces questions). Cet affranchissement passera nécessairement par une remise en question du pouvoir économique des géants de l’industrie.

Afin de se donner une idée de leur poids, il suffit d’examiner la liste des très grandes entreprises de la planète. Sur les 50 plus importantes d’entre elles (en termes de revenu) 17 entreprises liées au pétrole et au gaz accaparent près de la moitié (44%) du chiffre du chiffre d’affaires de ces « cinquante barons » – pour plus de 4 000 milliards de dollars de revenus par année. À titre de comparaison, il s’agit là de la moitié de la production économique totale de la Chine, et près de deux fois et demi celle du Canada. On estime que la production et l’exploitation du pétrole contribue à hauteur de 5% de la production économique mondiale.

Le graphique suivant illustre le poids démesuré de l’industrie pétrolière mondiale au sein de ce groupe « sélect » des 50 plus grandes entreprises – qui pèsent pour 13,3% dans l’économie mondiale. Dans le top-10 des plus grandes entreprises au monde, il y a 6 sociétés pétrolifères (Exxon, Shell, Sinopec, BP, China National Petroleum Corp., Saudi Aramco), générant à elles seules plus de 2 500 milliards de dollars de chiffre d’affaires par année – et employant 1 168 900 personnes.

Face à cette réalité, comment peut-on en arriver à nous départir radicalement de notre dépendance au pétrole? Nous sommes en présence d’une des industries les plus puissantes au monde – sinon la plus puissante, en tous cas la plus névralgique – qui n’abandonnera pas sa position de pouvoir économique pour des considérations de viabilité économique et écologique à long terme. Je n’ai évidemment pas de réponse simple à cette question. Mais j’ai l’impression que face aux questionnements existentiels et aux indignations face à l’industrie pétrolière, on oublie un peu trop rapidement ces considérations essentielles. Le pouvoir économique ne se cède pas plus facilement que n’importe quel autre pouvoir; bien moins aisément, probablement.

Source des données: Banque mondiale, Fonds monétaire international, IBIS World, Fortune Global 500.

Un monde fini

NB: ce texte a été publié originellement le 4 juin 2013 sur le site du Huffington Post Québec.

 

La croissance économique constitue probablement la fondation la plus essentielle de l’économie depuis la révolution industrielle – autant que de la très vaste majorité des écoles de pensée économique depuis David Hume et Adam Smith. La remettre en question équivaut à saper à la fois les fondements de notre économie et ceux de la manière de l’analyser et de la concevoir.

Le principe est simple: année après année, la quantité de biens et de services produits dans l’économie augmente, à la fois dans sa totalité, mais aussi en moyenne pour chacun des habitants (croissance per capita). Schématiquement, trois phénomènes expliquent cette croissance continue:

1. l’augmentation de la population (plus de travailleurs produisent en quantité absolue davantage de biens et de services);
2. l’exploitation d’une quantité de plus en plus grande de ressources naturelles;
3. le progrès technique et technologique (des machines plus performantes permettent de produire davantage de marchandises pour un même effort dans un même délai).

style="float: Compte tenu du fait que nous vivons dans un monde fini aux ressources limitées, il tombe sous le sens que les deux premières causes de la croissance ne peuvent se développer indéfiniment. Un jour ou l’autre il y aura trop d’humains sur terre pour les nourrir et les ressources naturelles – qui sont pour la plupart non renouvelables – cesseront tout simplement d’être disponibles. En revanche, les progrès des sciences permettent le développement de nouvelles technologies de plus en plus performantes qui, lui, ne semble pas connaître de limites intrinsèques. C’est la raison pour laquelle le déterminant le plus important de la croissance économique est le progrès technique.

Tout ceci décrit la dynamique fondamentale de l’évolution du capitalisme depuis 200 ans. Une croissance exponentielle, en moyenne, année après année, malgré les crises économiques (voir par exemple ce graphe). Cependant, il ne s’agit pas là du fin mot de l’histoire: l’économie telle que nous la connaissons ne peut se passer de croissance, car son organisation repose entièrement sur cette dynamique. Les entreprises cherchent, année après année, à réaliser davantage de ventes au meilleur coût possible. Elles doivent donc inéluctablement chercher à développer leurs marchés et/ou à réduire leurs coûts.

Donc: d’une part, l’économie doit accroitre le niveau de consommation année après année et, d’autre part, diminuer les coûts de production, notamment par le développement de technologies plus performantes (augmentant la productivité des travailleurs) ou en délocalisant la production sous des cieux où les coûts de mains-d’œuvre sont moindres. La première dynamique se heurte à un monde fini – la consommation ne peut s’accroitre indéfiniment. De fait, elle carbure essentiellement grâce au crédit, depuis une quarantaine d’années. Dans le deuxième cas, toujours parce que nous habitons un monde fini, il ne sera éventuellement plus possible de réduire les coûts de production – en grande partie parce que ceux-ci reposent sur un «super-intrant»: le pétrole.

L’énergie – mais le pétrole en particulier – est à la base de l’ensemble de l’activité économique mondiale. Presque tous les biens et services que nous consommons dépendent du pétrole d’une manière ou de l’autre. Dans son livre La fin de la croissance, l’économiste canadien Jeff Rubin rappelle qu’aux États-Unis, par exemple, plus du deux tiers du pétrole utilisé sert au transport (p. 212). Le pétrole constitue ainsi un coût à la production de presque tous les biens et services de nos économies – d’où son qualificatif de «super-intrant».

Or, il s’agit là, comme on le sait, d’une ressource non renouvelable. Un jour, prochain, il n’y aura tout simplement plus de pétrole disponible sur la planète. C’est donc l’ensemble de l’économie mondiale qui est menacée par l’éventuelle pénurie de pétrole. En réalité, avant même l’avènement de cette pénurie, les prix élevés du pétrole suffiront à déstabiliser les fondements mêmes de l’économie mondiale et de sa dynamique profonde. Jeff Rubin précise: «La relation est directe: la croissance économique est fonction e la consommation d’énergie, un point c’est tout» (p.39-40). Poursuivant la réflexion de son best-seller Demain un tout petit monde: comment le pétrole entrainera la fin de la mondialisation (Hurtubise, 2010, 394 p.), cet ancien économiste en chef de la Banque CIBC imagine dans ce nouvel ouvrage les conséquences d’un monde sans pétrole, c’est-à-dire une économie sans croissance.

Essentiellement, l’équilibre de l’économie internationale – et des relations d’influence et de pouvoir géopolitique – sera grandement chambardé à court terme. Les importations de marchandises à faible coût que nous connaissons présentement – cette quantité grandiose de biens que nous importons d’Asie qui produits à faibles coûts – cesseront tout simplement d’exister à moyen terme, car les prix élevés de l’énergie (ou la pénurie pure et simple de pétrole) en rendront le commerce beaucoup trop couteux. Ce qui est depuis 200 ans un «cercle vertueux», du moins en apparence, deviendra un cercle vicieux: les coûts élevés du super-intrant qu’est le pétrole (en fait, l’ensemble de l’énergie fossile, gaz et charbon y compris) ralentissent déjà la croissance économique – pour Rubin il s’agit du facteur clef de la crise économique que nous traversons depuis 2008 – et donc notre enrichissement collectif et individuel, ce qui a, à son tour, une incidence négative sur la consommation, qui ralentira encore plus la «vitesse» de l’économie.

Cette réalité, pour Jeff Rubin, est inéluctable: nous entrons présentement dans un monde sans croissance économique. Ce que nos économies ont connu depuis 200 ans ne se reproduira plus. Il s’agit donc de s’y préparer, dès maintenant. Cela implique des changements radicaux dans nos manières d’organiser la vie économique: «La fin de la croissance n’entraînera pas nécessairement l’extinction de la société de consommation telle que nous la connaissons, mais elle pourrait nous obliger à être davantage à l’écoute d’un monde de plus en plus restreint» (p. 273). Moins de consommation – ou plutôt une consommation différente, mais aussi une organisation de la production radicalement repensée: le commerce international coûtant trop cher, nous devrons redévelopper notre secteur manufacturier local tout en acceptant de moins consommer, donc de ne plus nous enrichir.

Penser notre monde sans croissance économique va tellement à l’encontre des idées reçues – des économistes, des industriels, des financiers comme des politiciens – que c’est un changement radical des fondements de notre pensée économique qui doit s’opérer. C’est ce que Jeff Rubin propose, mais aussi, de manière plus explicite et étoffée, John Michael Greer dans La fin de l’abondance: l’économie dans un monde post-pétrole. S’il partage avec Rubin les mêmes prémisses – celle de la fin du pétrole et de la croissance économique – il propose néanmoins une critique plus radicale, à la fois de la pensée économique, telle que nous l’avons héritée de Adam Smith, et du système économique. Dans le premier cas, on reste sur notre faim – en réalité, Greer ne fait que reprendre les thèses principales du best-seller de E. F. Schumacher Small is beautiful (1973).

En revanche, sa critique de l’organisation de notre économie et, surtout, ses propositions pour nous préparer à un monde post-pétrole et sans croissance économique sont beaucoup plus originales et audacieuses que celles présentées par Jeff Rubin. L’idéologie de la croissance économique infinie, rendue possible par la disponibilité de l’énergie à bas prix pendant 200 ans n’est plus viable, certes, mais en plus elle est à la base même de la destruction de ce qu’il appelle, après Schumacher, l’«économie primaire», c’est-à-dire l’exploitation des ressources naturelles que rend possible l’«économie secondaire», la production de biens et de services. Il développe, par exemple, plusieurs solutions pour favoriser l’économie de proximité, une partielle auto-suffisance alimentaire, être plus autonome face à l’économie-monde, voire même mettre en place une refonte profonde de nos systèmes de fiscalité – l’État, soulignent les deux auteurs, ne sera plus en mesure d’offrir les programmes sociaux tels que nous les connaissons.

Cependant, ce changement de mentalité, de vision du monde, n’est pas pour demain, conclut Greer: «Les limites à la trajectoire de croissance matérielle infinie de la civilisation industrielle sur une planète finie sont clairement visibles à l’horizon depuis quatre décennies. Pendant cette période, un paradoxe remarquable s’est développé. Plus nous nous approchons des limites de la croissance, plus ces limites affectent clairement nos vies et plus l’évidence que notre trajectoire actuelle nous conduit dans le mur de briques, moins la plupart des gens dans le monde industrialisé semblent capables d’imaginer une solution de rechange à l’ordre des choses actuel d’ici l’impact final» (p. 221).

C’est que nous sommes à ce point incapables de concevoir un monde sans croissance économique que nous refusons de l’envisager. Nous faisons confiance, consciemment ou non, à la technologie pour nous en sortir – puisque le développement technique a été à la base de la croissance économique depuis la révolution industrielle. On a même inventé un mot pour désigner cette croyance aveugle: sont «‪cornucopien‬s» (terme forgé sur celui de «corne d’abondance») ceux qui croient que la technologie nous permettra de créer une croissance économique éternelle puisqu’elle permet toujours une plus grande efficacité dans la production.

 

style="float:Mais ces cornucopiens rêvent en couleur, nous dit Jeff Rubin: il y a bien une limite à l’augmentation de l’efficacité de la production, car celle-ci repose sur les super-intrants que sont les énergies fossiles. Or, nous en sommes, présentement, à exploiter des formes d’énergie fossile de moins en moins productives – de moins bonne qualité – nommément les sables bitumineux (au Canada), le gaz et le pétrole de schiste (aux États-Unis) et le charbon à faible rendement (en Chine). Le coût d’extraction et d’exploitation de ces énergies ne peut être qu’exponentiel étant donné leur qualité médiocre. Le développement technologique ne pourra pas indéfiniment pallier à cette mauvaise qualité de l’énergie – sans compter leur impact écologique désastreux.

En revanche, suggère Greer, les technologies dites «intermédiaires» (il reprend là aussi une idée de Shcumacher) – c’est-à-dire peu complexes, faciles à utiliser localement (notamment dans les pays ou régions «en développement») et peu coûteuses en énergies constituent un élément essentiel du renouvellement de la base manufacturière, inévitable pour affronter ce monde sans pétrole ni croissance économique.

Loin d’être pessimistes, les deux auteurs considèrent que la fin de la croissance économique sera peut-être ce qui sauvera la planète – à la fois au plan écologique, mais aussi politique. Si le ralentissement économique est «le moyen le plus efficace de réduire les GES [gaz à effet de serre]» selon Rubin (p. 315), les deux auteurs concluent que ce ne sont pas des changements mineurs ou de degré que nous devons entreprendre, mais une réorganisation radicale de notre système économique. Si nous ne nous y préparons pas dès maintenant, c’est tout simplement le système économique lui-même qui nous y obligera – plus précisément: son effondrement. L’utopie d’une croissance infinie dans un monde fini tire bel et bien à sa fin; à nous de voir si nous désirons collectivement nous préparer à ce nouveau incertain et radicalement différent du nôtre.

Faire du tourisme à Fort McMurray

style="float:Se promener en sandales et lunettes soleil dans des champs de sables bitumineux, à Tchernobyl ou dans une mine de charbon en Chine? Barboter à proximité de la Grande plaque de déchets du Pacifique Nord ou faire de la photo à Fukushima? Ce sont là quelques-unes des destinations touristiques singulières que nous propose Andrew Blackwell dans Bienvenue à Tchernobyl, un «guide des sites où vous n’irez jamais en vacances».

«Pourquoi les guides touristiques ne disent-ils jamais un mot sur la beauté des lieux les plus laids du monde?», se demande-t-il. Ce passionnant livre dépasse la simple description anecdotique: l’auteur, journaliste et documentariste, est un «touriste» intelligent qui s’interroge sur les origines et les conséquences de cette pollution – et sur la symbolique politique et culturelle de ces lieux. Ainsi de Port Arthur au Texas, où se trouve l’une des plus grandes concentrations de raffineries de pétrole des États-Unis, point d’arrivée prévu du fameux oléoduc Keystone XL: «Ce qui fait vraiment le charme du Keystone XL, c’est son irrésistible valeur symbolique. (…) si les sables bitumineux représentent l’avenir de l’industrie pétrolière, Port Arthur incarne son passé, voire l’instant même de sa naissance. Et Keystone XL, s’il était construit, relierait physiquement les deux [le nord de l’Alberta et Port Arthur] – alimentant ainsi le passé par le futur et nouant bien serrée toute l’histoire du pétrole» (p. 94). Un voyage troublant au cœur même des désastres causés par l’obsession de la croissance économique à tout prix.

Bienvenue à Tchernobyl: Un tour du monde des lieux les plus pollués de la planète, par Andrew Blackwell (Flammarion, 2013, 319 p., ISBN 978-2-0812-4620-1, 45,95$).

La fin de l’abondance: l’économie dans un monde post-pétrole (Écosociété, 2013, 235 p., ISBN 978-2-89719-054-5, 25,00$).
La fin de la croissance, par Jeff Rubin (Hurtubise, 2012, 374 p., ISBN 978-2-89723-028-9, 25,95$).

L’ère exponentielle: l’explosion du prix des matières premières

Depuis la crise économique de 2008, on parle régulièrement dans les médias de la flambée des prix mondiaux des produits de base: alimentation, énergie et matières premières de toute nature.

De fait, il est clair que depuis le début de ce millénaire les prix des matières premières connaissent une dynamique tout à fait inédite depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, si ça n’est, dans certains cas, depuis la fin de la première Révolution industrielle. Des changements radicaux qui, depuis le début des années 2000, transforment profondément le système économique mondial.

Si l’évolution du prix mondial de ces marchandises peut nous paraître abstrait, éloigné de notre réalité, elle a pourtant un impact direct sur nos vies quotidiennes, puisque les denrées alimentaires, l’énergie et les autres matières premières sont intégrées directement à notre consommation courante.

L’objectif de cet article est de mettre en lumière l’évolution récente des prix des matières premières et d’esquisser sommairement les impacts qu’elle a et continuera d’avoir sur notre réalité.
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1. Évolution globale: les années 2000, ère exponentielle

J’ai déjà prétendu, dans un petit billet, que nous vivons depuis la fin des années 1990 un changement d’époque fondamental. Que nous avons connu une « crise » entre 1998 et 2008 qui a fondamentalement changé la structure de nos économies (industrialisées) et a durablement scellé des transformations structurelles qui ont tranquillement pris place depuis la fin des années 1960. Comme je l’écrivais dans ce billet, depuis cette crise, les structures, relations et fonctionnement organiques des économies occidentales se sont radicalement transformées et débutent un nouveau chapitre de l’histoire du capitalisme, qui clôt celui que nous connaissions depuis l’expansion du fordisme à la fin des années 1930.

On peut caractériser l’évolution du prix des matières premières en les rattachant à trois grandes périodes depuis les 50 dernières années:

➙ l’ère de la croissance (1960-1972);

➙ l’ère des turbulences (1973-1998);

➙ l’ère exponentielle (2000-aujourd’hui).

Graphique 1: Indices des prix mondiaux des matières premières, 1960-2010 (cliquez pour agrandir)

La Banque mondiale publie  tous les mois le prix de marché mondial des matières premières. Ces données sont disponibles depuis janvier 1960 dans ce qui est connu comme les « pink sheets. » Ce sont ces données que j’utilise dans le présent article. Le graphique 1 présente l’évolution de deux grandes familles: l’énergie (pétrole, gaz, charbon, etc.) et les autres matières premières (denrées alimentaires de base, métaux, bois, etc.). J’analyse ici ces diverses composantes.

On peut constater à la lecture de ce graphique que la première période est caractérisée par une stabilité relative des prix mondiaux. En effet, après la quinzaine d’années d’après-guerre (reconstruction et reconversion de l’économie de guerre à l’économie civile), les pays industrialisés ont connu une croissance soutenue et stable qui s’est également reflétée par un équilibre dans les prix mondiaux, notamment en raison de la croissance de la demande et de celle de la productivité, sans compter un cadre monétaire et financier international stable.

Le premier choc pétrolier et de la fin du système monétaire de Bretton Woods en 1973 inaugurent vingt-cinq ans de bouleversements profonds dans la structure de l’économie mondiale. Les marchés connaissent moins de contraintes régulatrices, des déséquilibres entre l’offre et la demande mondiales apparaissent et la dynamique des jeux de pouvoirs géopolitiques entre le Bloc de l’Est, l’Occident et le Sud créent un ensemble de bouleversements et de turbulences sur tous les marchés mondiaux. La deuxième partie de cette période est aussi caractérisée par les conséquences importantes du second choc pétrolier (1979) – qui créera des épisodes inflationnistes importants -, la bulle spéculative des nouvelles technologies (dot-com) qui éclatera en 2000 et le développement spectaculaire de la sphère financière mondiale (produits dérivés de toute nature).

Ajoutons à cela l’éclatement de l’Empire soviétique qui transformera fondamentalement l’échiquier géopolitique international, cette deuxième ère d’après-guerre redéfinissant en profondeur la structure de l’économie mondiale. Les perdants de la Deuxième guerre mondiale deviennent tranquillement les champions de l’économie industrielle (Allemagne, Japon), tandis que les grands gagnants (USA, Grande-Bretagne, France) voient poindre la fin de leur hégémonie au profit d’économies dites émergentes qui seront les vedettes de l’ère actuelle (le fameux BRIC – Brésil, Russie, Inde, Chine), qui établissent les bases de leurs forces actuelles.

Ces dynamiques inter-reliées ont constitué le terreau sur lequel la dernière décennie s’est bâtie. Entre la crise des dot-com de 1998-2000 à la crise économique et financière de 2008-2009 se sont consolidées l’ensemble des bouleversements structuraux initiés au cours des décennies précédentes. Trois phénomènes principaux caractérisent cette période (voir mon billet cité plus haut):

1.- Le « retour » des matières premières (alimentation, énergie, métaux) – dont la demande est gonflée par les économies dites émergentes du BRIC.

2.- La multiplication et la généralisation des technologies transversales, s’appliquant à de nombreuses industries et secteurs d’activités – laissant toute la place au « manufacturier de pointe. »

3.- La complexification des modèles économiques et d’affaires – multipliant les défis à la fois pour les entreprises, les travailleurs, les consommateurs et l’État (cf. mon analyse, Le modèle LCS).

Nous vivons donc présentement une ère de changements radicaux qui influenceront les années voire les décennies à venir et auront des impacts globaux importants.

2. Impacts globaux: pressions inédites

La hausse spectaculaire du prix des matières premières depuis dix ans n’est évidemment pas sans conséquences. En effet, l’ensemble du prix des matières premières ont des effets directs sur nos vies, comme travailleurs et comme consommateurs:

➙ La hausse des prix des denrées alimentaires est directement reflétée à l’épicerie, bien sûr, mais implique également d’autres bouleversements dans l’utilisation de certaines cultures (pour les biocarburants, par ex.).

➙ la hausse vertigineuse du prix des métaux et minéraux est intégrée en bout de piste dans le prix des presque tous biens de consommations – cette hausse, en grande partie due à une croissance exceptionnelle de la demande des pays du BRIC a un impact direct sur les coûts de fabrication des entreprises manufacturières partout dans le monde.

➙ Finalement, la croissance soutenue du prix de l’énergie, particulièrement du pétrole, a un impact sur l’ensemble des coûts de production, le pétrole étant un super-intrant, puisqu’il constitue un coût pour tous les biens et services produits dans le monde, ne serait-ce que via les coûts du transport.

Le tableau 1 compare les taux de croissance annuels moyens du prix des matières premières (énergie et autres) pour l’ensemble des 50 dernières années à l’inflation telle que ressentie par les consommateurs au Canada (mesuré par l’IPC, l’indice des prix à la consommation).

Tableau 1: Taux de croissance annuels moyens
Période Énergie Non-Énergie IPC (Can.)
1960-2010 8,1% 3,7% 4,2%
1960-1972 2,9% 1,4% 2,9%
1973-2000 8,4% 0,6% 5,5%
2000-2010 10,5% 10,4% 2,0%

Source: Banque Mondiale et Statistique Canada, compilations de l’auteur.

Ce tableau révèle des conséquences importantes de la dynamique du prix des matières premières, inter-reliées:

a) La pression sur les coûts de production est énorme. Les prix de l’Énergie ont connu depuis le début des années 1970 une inflation extrêmement forte. Bien plus, alors qu’on est encore sous l’impression que les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 ont été dans l’histoire récente des événements inédits, la hausse des prix de l’énergie de la dernière décennie dépasse largement ce que ces chocs ont eu comme impacts. De plus, pour la première fois depuis 50 ans, la hausse des prix des matières premières hors énergie est semblable à celle de l’énergie. Ce qui signifie que l’ensemble des coûts de production sera bientôt reflété dans tous les secteurs de production de biens, partout dans le monde.

b) Cependant, le même tableau indique que l’inflation à la consommation ne suit pas, loin s’en faut, celle des matières premières. Comment cela est-il possible? Autrement dit, comment se fait-il que le prix des biens que nous achetons dans le commerce ne suive pas celui des intrants servant à les fabriquer? Il est fort probable, d’une part, que cette hausse du prix des matières premières ne soit pas encore reflété dans celui des biens que nous consommons. Il y a un certain délai d’ajustement dans l’appareil de production, pour diverses raisons d’inerties de marché, qui fait en sorte que nous ne constations pas encore cette hausse. Cela pourrait fort bien changer à court terme. D’ailleurs, on le constate déjà pour certains produits qui sont peu transformés comme le prix des denrées alimentaires ou celui de l’essence. Le prix des autres biens pourrait suivre à court ou moyen terme.

c) D’autre part, le prix des matières premières n’est qu’une des grandes familles de coûts pour une entreprises. Les deux autres sont le capital et le travail. Dans le premier cas, les taux d’intérêt historiquement bas font en sorte qu’ils permettent plutôt de compenser en partie la hausse du prix des matières premières. Reste donc les coûts de la main d’œuvre. De fait, depuis vingt ans, les salaires réels des travailleurs des pays industrialisés stagnent. Ce sont donc eux qui compensent pour la hausse du prix des intrants physiques, du moins en partie. Une autre manière de réduire le coût relatif de la main-d’œuvre est d’augmenter sa productivité, c’est-à-dire la quantité de biens produits pour la même quantité de travail. De fait, les avancées technologiques (mais aussi les innovations de processus et de procédés de production) des 30 dernières années ont permis aux entreprises de réduire considérablement leurs coûts relatifs de production.

Il n’y a pas de secret dans le fonctionnement de l’économie industrielle capitaliste: les entreprises ne sont que des organismes qui produisent des biens et services. Une hausse des coûts de production est encaissée soit par les consommateurs (par la hausse des prix à la consommation), soit par les travailleurs (salaires réels, productivité), qui sont, bien entendu, une seule et même personne.

3. Des pressions fondamentales

Graphique 2: Indices des prix mondiaux de familles de matières premières, 1960-2010 (cliquez pour agrandir)

Sans entrer ici (j’y reviendrai) dans la dynamique de chacun des prix des matières premières, un examen un peu plus détaillé permet de montrer que les trois « ères » dont il a été question se reflètent dans les diverses composantes des indices de prix. Le graphique 2 montre que les grandes familles de matières premières suivent la même logique que l’ensemble.

Si on se concentre sur la dernière décennie, on constate (graphique 3) que l’explosion des prix de chacune des famille suit en grande partie la même dynamique. On remarque, d’une part, que toutes les familles ont connu un repli de leurs prix au cours de la dernière crise économique. D’autre part, certaines matières premières ont connu un repli plus marqué, notamment l’énergie et les métaux et minéraux.

Un cas particulier concerne les fertilisants, qui ont connu un épisode spéculatif très prononcé en 2006-2008, qui s’explique essentiellement par un déséquilibre entre l’offre et la demande, cette dernière étant soudainement propulsée par les marchés asiatiques qui faisaient face à des besoins immenses et par celle de pays producteurs de biocarburants (particulièrement aux États-Unis, au Brésil et en Europe).

Graphique 3: Indices des prix mondiaux de familles de matières premières, 2000-2010

Je reviendrai éventuellement sur une analyse plus détaillée de la dynamique de chacune de ces familles – qui, même si elles partagent certains points communs, possèdent, néanmoins, des caractéristiques qui leur sont propres.

En résumé, on doit retenir les éléments suivants:

➙ la décennie 2000-2010, « l’ère exponentielle » est celle de l’explosion du prix de l’ensemble des prix des matières premières, un phénomène inédit en 50 ans;

➙ les caractéristiques de cette « ère exponentielle » sont la conséquence de transformations profondes de la structure des économies industrialisées, de l’équilibre géopolitique mondial et de la dynamique des coûts de production;

➙ ces phénomènes affectent directement nos vies, comme consommateurs et comme travailleur;

une grande inconnue demeure: quels seront les impacts à moyen terme de ces phénomènes sur notre vie sociale, économique et politique. À court terme, à tout le moins, une chose semble assurée: les causes profondes de cette flambée des prix ne semblent pas près de se résorber.

Il est donc essentiel de se rendre compte que nous vivons présentement à peu près partout sur la planète une ère de changements radicaux et de bouleversements fondamentaux qui remettent en question notre vision du monde et l’analyse que nous en faisons.

 

Annexe: tableau synthèse

Le tableau 2 recense quelques taux de croissance annuels moyens des indicateurs mondiaux de prix de familles de matières premières:

Tableau 2: Taux de croissance annuels moyens, certaines familles
Période Énergie Fertilisants Aliments Métaux et minéraux Matériaux de base Bois
1960-2010 8,1% 4,2% 3,2% 4,7% 3,1% 3,7%
1960-1972 2,9% -0,7% 2,5% 2,4% -2,7% 1,3%
1973-2000 8,4% 2,3% -0,4% 1,6% 1,9% 3,7%
2000-2010 10,5% 10,8% 8,4% 13,3% 9,0% 3,7%

 

Ce qui est complexe n’est pas nécessairement compliqué (et inversement)

Sur le site de La Presse, mardi dernier, Mireille Fournier, une jeune militante de 17 ans réagissait à une chronique de Alain Dubuc à propos de « l’effroyable complexité des choses » (son titre) lorsqu’il est question des débats autour des débats concernant l’énergie. Mireille Fournier était également présente à l’émission de Christiane Charette à la radio de Radio-Canada ce matin, où elle a été matraquée par Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse.

En deux mots: Mireille Fournier fait partie d’un petit groupe de militants qui ont manifesté à l’ouverture du Congrès mondial de l’énergie, à Montréal. Afin de protester contre l’exploitation du gaz de schiste au Québec, ces militants, habillés de maillots, s’étaient enduits de mélasse rappelant les oiseaux englués de pétrole (photo ci-dessus).

Alain Dubuc, ancien militant trotskyste, peste contre « le fléau du simplisme. Le simplisme militant. » Car les enjeux de l’énergie « sont d’une effroyable complexité ». L’essentiel de l’argument étant: « À ces problèmes compliqués, il faudra des solutions compliquées. »

Dans sa réplique, Mireille Fournier affirme que Dubuc fait preuve d’un simplisme désarmant en essayant de résumer en une chronique la complexité de la question, que c’est ce « simplisme des médias » qui a fait que les « journalistes scrupuleux, ont préféré interviewer des filles comme [elle], à moitié nues et couvertes de cette amusante substance qu’est la mélasse. Il est là, le simplisme des médias. » Et de revendiquer, du coup, cette tactique militante justement pour attirer l’attention.

Je trouve personnellement très amusant cet échange, car tous les deux ont tort et raison à la fois. La question énergétique est effectivement complexe et il est normal que les médias cherchent à attirer l’œil et l’esprit par des images et des titres frappants. Il en est ainsi depuis le début des temps politiques et médiatiques. Et c’est tout sauf l’apanage de la presse populaire. Ça n’est que stratégie rhétorique.

Cette histoire révèle un phénomène très répandu: le recours à l’argumentaire de la complexité pour abêtir et asservir les masses. Et il en est ainsi depuis le début des temps politiques et médiatiques.

Je me méfie automatiquement dès que j’entends un expert, un professeur, un politique commencer son intervention, en réponse à la question d’un journaliste, par exemple, par: « Vous savez, ceci est une question très complexe. » Mes confrères économistes sont les champions toutes catégories de cette stratégie rhétorique (et j’avoue d’emblée l’avoir utilisée plus souvent qu’à mon tour, ne serait-ce que par mimétisme). Cette stratégie est imbattable.

a) C’est vrai. Effectivement, la plupart des questions et des débats qui nous concernent sont complexes, de la vie de couple ou de famille à l’énergie nucléaire, en passant par la gestion des ordures ou l’éradication de la pauvreté infantile.

b) Personne ne s’y connait en toute chose. L’expert se positionne donc ici comme en détenteur de savoir. Son message implicite est: moi je m’y connais et vous comprendrez, à m’écouter, que tout ça vous dépasse largement, malheureusement.

c) C’est la meilleure porte ouverte vers des dérives totalitaires. Nous, pauvres ignorants, devons laisser le pouvoir des décisions aux élites informées, éduquées et savantes. Et c’est précisément pour cette raison que je me méfie de tous ceux qui ont recours à l’argument de la complexité: vu de cet angle, cet argument met en danger nos idéaux et nos valeurs démocratiques et plus spécifiquement de démocratie représentative (système qui englobe des réalités bien plus larges que les députés à l’Assemblée nationale ou à la Chambre de communes).

Il est donc vrai que tout ça, ma foi, est bien complexe. Au final, à peu près tout ce qui nous entoure est d’une « effroyable complexité. » Popol, votre poisson rouge, est un système extrêmement complexe; c’est un organisme composé d’une innombrable quantité de cellules, d’une séquence de génome extrêmement complexe, etc.

Tout est complexe. Du poisson rouge à la question énergétique en passant par le langage et la politique. Tout est complexe selon la profondeur du regard que nous posons. Je pourrais passer une vie à étudier votre poisson rouge, en étudiant un nombre toujours plus grand de dimensions. Il y a le nombre de dimensions que nous choisissons dans notre analyse qui la rend plus ou moins complexe.

Deuxièmement, comme le soulignent autant Alain Dubuc que Mireille Fournier, l’examen d’un problème gagne en complexité selon le nombre d’interactions que nous analysons avec d’autres phénomènes. Notre poisson rouge est non seulement un être vivant complexe dans sa constitution, mais également dans ses interactions avec son environnement. Dans son bocal, il a besoin d’une eau plus ou moins oxygénée, de nourriture de telle composition et à telle régularité, etc. Même chose pour le gaz de schiste: les dimensions économiques, environnementales, politiques, les impacts sur les communautés, les travailleurs, les travailleurs d’industries connexes, le commerce international, j’en passe et des centaines, sont extrêmement nombreuses et liées entre elles par une multitude de réseaux d’interaction.

Est-ce à dire que parce que tout ça est complexe qu’on ne peut en parler avec simplicité? Que les militants et les citoyens en général n’ont pas droit au chapitre et qu’on doit laisser la parole uniquement aux experts?

Non, bien évidemment. Bien sûr, nous avons un besoin criant (et de plus en plus important) d’être éclairés, comme citoyens, par les scientifiques, mais aussi les philosophes, les artistes, les poètes et les romanciers. Nous devons nourrir notre réflexion de celle dont c’est le métier de la produire. La commission parlementaire sur le droit à l’euthanasie et au suicide assisté qui se déroule au Québec présentement en est un bon exemple: à une problématique complexe dans ses implications morales, philosophiques, de santé publique etc., il est nécessaire que nos élus (et nous, ce faisant) puissent éclairer leur jugement de la façon la plus élaborée possible.

Mais, au final, puisque toutes ces questions sont complexes, il ne devrait y en avoir aucune qui ne nous donne pas voix au chapitre, comme citoyen. Car ce qui est complexe, n’en déplaise à M. Dubuc, n’est pas nécessairement compliqué. On rend une question ou une problématique compliquée en la rendant (volontairement ou non), inintelligible.

Aussi complexe soit notre poisson rouge, aussi complexe soient ses besoin et ses interrelations avec son environnement vital, il n’est pas compliqué d’en prendre soin et de le conserver en vie et en santé dans son aquarium. Parce qu’il nous est loisible, grâce en partie au travail de spécialistes en la matière, de comprendre l’essentiel pour en prendre soin. Inutile de comprendre les interactions chimiques entre son corps et l’eau ambiante, ses besoins en minéraux de telle nature, pour apprendre à oxygéner son eau et à le nourrir à tous les jours. Nous pouvons donc prendre des décisions éclairées en réduisant la complexité à un ensemble de connaissances pragmatiques, nécessaires et utiles. Il devrait en être de même du gaz de schiste, de la question du nucléaire ou de l’éradication de la pauvreté infantile que de notre poisson rouge.

Mais, malheureusement pas, semble-t-il, de l’espace de discussion entre journalistes et militants.

Le bouffe-pétrole

Pendant que les dégâts causés par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP continuent à prendre de l’ampleur, détendons-nous en regardant ce court métrage de l’ONF: le bouffe-pétrole:

Des scientifiques à l’emploi d’une multinationale créent une nouvelle forme de vie qui doit servir à débarrasser les mers de la pollution causée par le pétrole. Cet organisme vivant, appelé bouffe-pétrole, devient responsable de la pire crise énergétique de toute l’histoire.