«Agir ensemble» de Christian Nadeau | Lancement

Demain soir sera lancé le nouvel ouvrage de Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, Agir ensemble: Repenser la démocratie syndicale dont j’ai eu l’honneur de diriger l’édition chez Somme toute. J’aurai l’honneur d’animer une discussion avec l’auteur, Mélanie Laroche (Relations industrielles, UdeM) et Marianne Kempeneers (Sociologie, UdeM). Informations, ici.

Nos démocraties marchent sur une seule jambe. Difficile d’avancer dans de telles conditions. Une démocratie ne peut se contenter de mécanismes représentatifs. Elle doit aussi compter sur une véritable vie participative. Les deux vont de pair. Ce qui est vrai de nos sociétés l’est aussi du monde syndical. Il faut allier représentation et participation, c’est-à-dire combiner deux modèles de démocratie syndicale. Un premier, celui de la démocratie représentative, tel qu’il est visible dans les assemblées générales et les congrès. Un autre, celui de la démocratie délibérative, qui implique de construire des lieux d’échanges indépendants, dynamiques et novateurs. À partir d’une réflexion sur les interactions politiques, ce livre tente d’exposer les principales menaces internes au monde syndical et comment une alliance entre représentation et participation permettrait d’atténuer leur effet. Le syndicalisme est une lutte collective. Pour agir ensemble, il faut penser ensemble. Et penser ensemble implique de parler entre nous. En réformant de l’intérieur sa propre démocratie, le syndicalisme pourra contribuer de manière significative à changer aussi la nôtre.

 

Pour qui les syndicats travaillent? (audio | Isabelle Maréchal)

Le 17 février 2014 à l’émission de Isabelle Maréchal, au 98,5FM à Montréal, j’étais en compagnie de Marc Laviolette, ancien président de la CSN, et de Michel Grant, professeur associé (retraité) de relations industrielles à l’UQAM, pour discuter du syndicalisme au Québec, particulièrement au regard des révélations de la commission Charbonneau.

On peut écouter cette première heure de l’émission, ci-dessous:

Coca-Cola, le goût faux

Bande annonce d’un documentaire coproduit par l’Office national du film du Canada sur « Coca-Cola, soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement, la torture et le meurtre de chefs syndicaux qui luttaient pour l’amélioration des conditions de travail en Colombie, au Guatemala et en Turquie« . Beaucoup moins léger que les petites bulles dans le liquide brun.

Ovaliste – Métier disparu

Les métiers d’autrefois, disparus ou en voie de l’être, sont souvent vus à travers la lunette de la nostalgie romantique. Ainsi du luthier, amoureusement penché sur l’instrument qu’il confectionne des jours et des semaines durant, à l’aide de bois et teintures aux noms exotiques.

Il est vrai que plusieurs de ces métiers sont très beau et ont un charme incroyable. Ne serait-ce que dans leur nom: le nacrier (ouvrier fabriquant des boutons de nacre), l’oiseleur (chasseur d’oiseaux) ou, parlant de luthier, l’acheteur de bois chantant (celui qui achète les bois destinés à la fabrication d’instruments de musique).

Mais si l’industrialisation et la mondialisation depuis deux siècles a fait disparaître d’innombrables de ces métiers, elles ont aussi fait disparaître des métiers aux conditions de travail déplorable: le forgeron dans sa forge étouffante de chaleur et d’émanations toxiques, le mineur de charbon qui mourait prématurément de multiples problèmes respiratoires ou la lavandière qui s’éreintait le dos et s’écorchait les mains à force de lessives incessantes.

Bien que le progrès technologique ait ses vertus comme ses vices, et qu’un jugement unilatéral sur ses bénéfices soit bien vain, il n’en demeure pas moins que l’industrialisation a anéanti une somme incroyable de connaissances et de savoir-faire. Un véritable patrimoine à protéger ou à redécouvrir.

Parmi ceux-ci, l’ovaliste, métier du tissage de la soie. L’ovaliste (une jeune femme), appelée avant le milieu du 18e siècle moulinière, opérait le moulin à fil de soie, l’étape préalable au tissage proprement dit. Son nom vient de la pièce centrale du moulin, qui suite à une innovation de Vaucanson, n’est plus ronde mais ovale (illustration ci-dessous tirée de l’Encyclopédie de Dideront et d’Alembert).

Ovale, ou moulin (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert).

Avec les débuts de l’industrialisation, les conditions de ces ouvrières, comme de bien d’autres, se sont transformées. D’abord hébergée chez leur employeur, question qu’elles soient plus productives, la croissance des fabriques a fait en sorte qu’elles sont devenues de véritables « usines-pensionnat » où les règles de la vie courante étaient très strictes voire drastiques. Ce qui a entraîné, en 1869, 2000 ovalistes de Lyon (capitale de la soie) à faire une grève de deux mois pour obtenir des salaires plus élevés et un horaire de travail allégé. Cette grève a constitué un moment important dans l’histoire du syndicalisme et des luttes ouvrières, étant une des toutes premières à conjuguer les revendications ouvrières aux revendications des femmes-travailleuses.

Sources: Auzias, Claire, La Grève des ovalistes : Lyon, juin-juillet 1869, Paris, Payot, 1982 et l’intéressant site « Métiers d’autrefois« .