Cabaret Carrefour Absolu 6e édition

Ce soir, Absolu Théâtre et le Carrefour Parenfants présentent le Cabaret Carrefour Absolu 6e édition. Un spectacle plein de vie, de rires et de talents, doublé d’un encan très, très chouette. Ces deux organismes importants de Hochelaga-Maisonneuve montrent que le théâtre peut aider concrètement les jeunes du quartier. Une initiative fabuleuse! La soirée est sous la présidence d’honneur de la non moins fabuleuse Ève Landry. À titre de membre du CA d’Absolu depuis tout ce temps, je ne cesse de m’émerveiller du beau et du bon que ces organismes réalisent.

Si vous ne pouvez y être, vous pouvez faire un don, petit ou grand, par ici.

À ce soir!

Extramoyen: splendeur et misère de la classe moyenne

Demain le 4 avril, à l’Espace libre à Montréal, aura lieu la première de la nouvelle pièce du Nouveau théâtre expérimental, Extramoyen: splendeur et misère de la classe moyenne, de Pierre Lefebvre et Alexis Martin. J’ai eu l’honneur d’avoir donné un petit coup de main aux auteurs au cours de leur recherche. En voici le résumé:

Tout au long de sa campagne électorale, Justin Trudeau proclamait qu’il avait un plan pour la classe moyenne. Mais sait-on, au juste, ce qu’est la classe moyenne aujourd’hui? Est-elle, comme plusieurs l’affirment, une espèce en voie d’extinction? Un concept moribond? Et s’il s’avère encore possible de circonscrire cette classe sociale chez nous, au Québec, que nous dit-elle en tant que société, qu’elle soit distincte ou non? Quelles sont les particularités de ce groupe servant de zone tampon entre les nantis et les démunis?

Submergés que nous sommes par le crédit et la dette, essoufflés par la logique de production-consommation et cette exhortation à la performance qui s’insinue dans nos vies publiques et privées, pouvons-nous encore trouver refuge dans un espace-temps permettant de réfléchir au(x) sens de nos existences, à la communauté de nos destins ? Ce sont tous ces enjeux – et bien d’autres encore – que la pièce EXTRAMOYEN, splendeur et misère de la classe moyenne abordera avec vigueur, ludisme et entrain! Par le biais d’une enquête, aussi divertissante qu’instructive, les artisans du NTE vous convient à la rencontre d’une famille « ordinaire » censée appartenir à la classe moyenne. Autour de ce noyau, gravitera une étonnante galerie de personnages de petite, moyenne et grande envergures; tous porteurs de révélations singulières, le plus souvent éclairantes.

Cette nouvelle création est l’occasion, pour le NTE, de renouer avec un collaborateur de longue date, Pierre Lefebvre, dramaturge et rédacteur en chef de la revue Liberté, qui signe le texte de la pièce, conjointement avec Alexis Martin.

L’acteur en société

NB: ce texte a été publié originellement le 27 mars 2012 sur le site du Voir.

 

Examinez la nécessité !
Nous vous en prions instamment :
Ne trouvez pas naturel ce qui se produit sans cesse !
Qu’en une telle époque de confusion sanglante
De désordre institué, d’arbitraire planifié
D’humanité déshumanisée,
Rien ne soit dit naturel, afin que rien
Ne passe pour immuable.

 – Brecht [1]

Les relations économiques reposent essentiellement sur un ensemble de conventions, sur un contrat de confiance entre les différents « acteurs » économiques. Pour être en mesure d’agir dans le monde économique, on doit maîtriser les codes de ces interactions. L’exclusion économique et sociale s’alimente d’abord et avant tout de l’absence de maîtrise de ces codes. Exclusion de la conversation sociale. Ne pas être vu, entendu, sans parole – ne pas exister, socialement.

Sommes-nous acteurs, agissant sur la réalité sociale, ou de simple agents subissant les contraintes qui nous sont imposées ? C’est là résumer en deux mots un débat important en économie, et dans les science sociales en général, sur la nature et la capacité qu’ont les individus à transformer leur environnement.[2] S’il peut paraître plutôt scolastique, ce débat n’en demeure pas moins fondamental. Car un agent en mesure de décrypter les codes du théâtre social et économique ne possède pas nécessairement la capacité à en être un acteur. Du moins, cette capacité peut être fort limitée.

C’est ce à quoi le théâtre, le vrai, celui-là, renvoie également. Le contrat de confiance entre les spectateurs et les acteurs fait écho à celui de notre participation économique et sociale. Si la distanciation théâtrale prônée par Brecht a fait son temps, l’interrogation qu’elle proposait sur le rôle son de l’art en général et du théâtre en particulier conserve toute son actualité, en miroir de l’exclusion sociale: le spectateur est-il confiné à un rôle passif ou doit-il / peut-il jouer un rôle dans la création ?

Au-delà de la réflexion critique (sociale, politique, esthétique) de l’œuvre théâtrale, la distanciation brechtienne démontait les relations institutionnelles entre acteurs et spectateurs, mais, surtout interpellait le rôle du spectateur, comme acteur agissant dans la représentation ou comme agent passif et interchangeable.

À l’instar du système politique et économique, c’est l’absence de maîtrise des codes propres au théâtre (ou aux arts) qui nourrit le sentiment d’exclusion du monde des arts. Croire que ces choses-là ne nous sont pas destinées mais appartiennent à une élite privilégiée, à ceux qui possèdent la connaissance, la culture, le statut social – voilà la réalité perçue par beaucoup de nos concitoyens, et plus particulièrement par les jeunes des milieux défavorisés.

C’est pour abattre cette barrière, pour donner les clefs d’accès à ces codes, notamment aux jeunes du quartier, qu’existe Absolu Théâtre, en plein cœur de Hochelaga-Maisonneuve, dans l’Est de Montréal (et dont je suis membre du Conseil d’administration). Rapidement après sa fondation en 1998, cette troupe s’est donné comme objectif de favoriser l’accès au théâtre à ceux pour qui il semblait lointain et, surtout, ne leur était pas destiné.

La médiation culturelle est au cœur de sa mission. Ce qui distingue particulièrement Absolu Théâtre, c’est d’en élargir grandement la portée: non seulement donner accès au plus grand nombre à ses représentations, mais impliquer son public dès le début du processus de création, par les coulisses, par les métiers – particulièrement les ados, mais aussi, dans une initiative à venir, « Au bout du fil, » avec les personnes âgées.

Un récent projet – fort emballant – élargit encore la portée de son intervention: Vues d’ado avec la collaboration de Radio-Canada permet aux jeunes d’apprendre « les rudiments du monde du travail en côtoyant les artisans du monde du théâtre » qu’ils livrent ensuite, par l’écrit et l’image, sur un blog qui leur est dédié sur le site de Radio-Canada.

Toutes ces initiatives visent à ce que les jeunes du milieu « n’aient pas peur d’entrer à la Place des arts, leur montrer que ça n’est pas pour une autre sorte de monde qu’eux, » selon les mots de la co-directrice artistique de Absolu Théâtre, Véronick Raymond.

Véronick et son complice Serge Mandeville cherchent non seulement à atteindre un public qui n’a « normalement » pas accès à la culture, mais également à participer à leur intégration dans le théâtre social et économique. À croire que leur place n’est pas en marge de cette vie de la Cité, pas plus que de celle des arts – qu’il n’est pas naturel ni immuable qu’ils en soient exclus.

À être de véritables acteurs agissant en société, pas uniquement des agents interchangeables subissant les contraintes imposées par les détenteurs du pouvoir. Ce qui devrait être l’un des rôles fondamentaux de l’art.

***

Afin de financer ses activités, Absolu Théâtre en collaboration avec le Carrefour Parenfants – organisme partenaire de la troupe et qui fait une autre série de miracles dans le quartier – présente le Cabaret Carrefour Absolu mercredi prochain le 4 avril, sous la présidence d’honneur de Jean-Pierre Bergeron.

Au cours de cette soirée, de courtes pièces seront présentées, en plus d’une performance de la slameuse Queen KA et de prestations musicales de l’ensemble vocal « Jazz pop et talons hauts. » Vous pourrez également admirer le talent (!) de diverses personnalités interprétant des « blind dates catastrophes », dont Yves Boisvert, Laurent Lasalle, Catherine Archambault, Raja Ouali et autres joyeux drilles. Ce sera l’occasion de constater si, dans une « blind date, » je saurai être galant avec la journaliste Marie-Pierre Bouchard, puisque je serai également sur scène en sa compagnie…

Non cet épilogue n’était pas une plogue, mais bien une double-plogue: un événement au cours duquel vous soutiendrez deux organismes formidables – en plus de passer une superbe soirée !

 

[1] Bertolt Brecht « L’Exception et la règle » (1930), in Théâtre complet (trad. Bernard Sobel et Jean Dufour), Paris, L’Arche, 1974, vol. 3,  p. 7.

[2] Jean-Claude Passeron en propose une synthèse pour la sociologie, qui s’applique également aux débats épistémologiques des sciences économiques: « Acteur, agent, actant: personnages en quête d’un scénario introuvable, » Revue européenne des sciences sociales, 39 (121), 2001, pp. 15-30.