Quels sont les impacts d’une pénurie de main-d’œuvre? | Entrevue à « Info-réveil » (Radio-Canada Bas-Saint-Laurent | audio)

Certaines entreprise du Bas-Saint-Laurent peinent à recruter de la main-d’œuvre, et pour cause: la proportion de personnes actives sur le marché de l’emploi (par rapport à l’ensemble de la population) a substantiellement diminué ces dernières années, à l’instar de ce que l’on constate dans plusieurs autres régions du Québec.

Je discutais des causes et conséquences de la situation. à la radio de Radio-Canada, hier. On peut entendre l’entrevue, ici, chronique « Des nouvelles du KRTB« . Un article étoffe ces informations et réflexions, ici:

Quels sont les impacts d’une pénurie de main-d’œuvre?

La campagne électorale municipale étant maintenant lancée, les défis qu’auront les prochains élus du Bas-Saint-Laurent au cours de leur mandat seront nombreux. L’un d’entre eux sera, sans l’ombre d’un doute, la pénurie de main-d’oeuvre qui touche la région.

Continuer la lecture de Quels sont les impacts d’une pénurie de main-d’œuvre? | Entrevue à « Info-réveil » (Radio-Canada Bas-Saint-Laurent | audio)

« Toutes les femmes sont d’abord ménagères » – lancement ce soir!

Ce soir à Montréal aura lieu le lancement du plus récent ouvrage dont j’ai eu le plaisir et l’honneur d’assurer la direction éditoriale: Toutes les femmes sont d’abord ménagères: Histoire d’un combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager. Une analyse historique d’un combat féministe méconnu – ou mal connu – d’une grande rigueur, fouillée et documentée. Il est issu du mémoire de maîtrise de Camille, lequel a reçu le Prix du livre politique de l’Assemblée nationale du Québec (Fondation Jean-Charles-Bonenfant) un peu plus tôt cette année.

Je suis fier de le voir publié dans la collection « Économie politique » que je dirige, car il met la lumière (notamment) sur un aspect de notre vie matérielle qui est trop peu considéré par les économistes.

Le lancement a lieu à la fabuleuse librairie féministe Euguélionne, à 17h30. Plus d’informations sur Facebook, ici.

Travailler pour soi | Chronique à «L’Itinéraire»

Ah! ce jour béni où on « travaille enfin pour soi »! C’est ce qu’affirme tous les ans le Fraser Institute. Au milieu de l’année, nous aurions enfin atteint l’autonomie financière et nous nous serions libérés de l’emprise de l’État.

Si c’était aussi simple. C’est l’objet de ma chronique du numéro du 1er juillet du magazine L’Itinéraire, en vente maintenant!

À chaque année, c’est la même chose. Le Fraser Institute, un think tank de droite, annonce en grande pompe que les Canadiens commencent à travailler pour eux. C’est-à-dire ce jour à compter duquel les contribuables cessent de payer de l’impôt et des taxes et sont donc « libérés » de leurs obligations fiscales – comme si depuis le début de l’année, la totalité de leurs revenus avaient été consacrés aux charges fiscales et que ce jour-là l’argent que nous gagnions nous appartenait en totalité. On l’a baptisé, d’ailleurs, « journée de la libération fiscale » (« tax freedom day »).

L’âge de l’obsolescence | Chronique à «L’Itinéraire»

Ma chronique dans le dernier numéro de L’Itinéraire – une réflexion sur l’âge et le vieillissement.

J’ai eu 47 ans ce printemps. L’ordinateur sur lequel j’écris ce texte en a trois. Selon l’« usage » qu’on fera d’un humain ou d’un ordinateur, ces deux âges peuvent signifier une limite bientôt atteinte de leur utilité pour le système économique. Puisque je n’utilise que des fonctions élémentaires de mon ordinateur qui ne requièrent pas une grande performance, il devrait convenir à mes besoins pour plusieurs années encore. Ce qui ne serait pas le cas si j’étais designer graphique ou que je manipulais d’immenses bases de données. Il en va de même pour les êtres humains.

Le travailleur, une voiture comme une autre?

Le journaliste belge Edgar Szoc a publié dans le dernier numéro de La revue nouvelle (vol. 72, no. 3) un petit texte d’humeur évoquant mes Passagers clandestins – texte repris dans le quotidien La libre Belgique ce matin. On peut télécharger ici le pdf de l’article original. On y apprend que le travailleur, en Belgique, est considéré par certains économistes comme une voiture: il devrait prendre sa retraite après avoir atteint un certain « kilométrage ». Édifiant.

Le texte complet, ici:

Continuer la lecture de Le travailleur, une voiture comme une autre?

La robotisation et l’âme des humains… il y a cinquante ans!

Plusieurs personnes ayant assisté à mes récentes conférences sur la robotisation et le travail m’ont demandé la référence à un article du magazine LIFE de juillet 1963 que je mentionne. J’en profite pour en partager quelques pages avec vous. À quelques détails près, elles auraient pu être écrites aujourd’hui; on a du mal à croire qu’elles ont été publiées il y a plus de 50 ans.

La fin du reportage est particulièrement délicieuse et actuelle (c’est le PDG d’une entreprise de fabrication de machines-outils qui parle):

Continuer la lecture de La robotisation et l’âme des humains… il y a cinquante ans!

Robotisation, intelligence artificielle et sens du travail | Conférence (Communautique)

Dans le cadre de la «Nuit des débats» de l’INM, Communautique propose une réflexion-discussion autour de la robotisation, de l’intelligence artificielle et du sens du travail. Cet après-midi à 16h à la salle du musée du carrefour d’innovation INGO (355, Peel) et c’est entrée libre! J’offrirai une présentation d’environ 45 minutes qui sera suivie d’échanges. Au plaisir d’en discuter avec vous!

 

La nouvelle phase d’automatisation que nous traversons présentement (la « 4e révolution industrielle ») se base sur la mise en service industrielle de machines apprenantes, qu’elles soient matérielles ou numériques. Ces innovations technologiques prennent en charge graduellement des tâches réservées jusqu’à maintenant aux humains. S’il s’agit d’une continuité dans l’évolution du capitalisme, elles causent néanmoins un saut qualitatif inédit dans l’organisation de la production et, plus particulièrement, dans la définition du travail. Parallèlement à d’autres transformations économiques majeures, l’emploi salarié, la chaîne de valeur et l’organisation de la production bouleversent notre conception même de ce que constitue le travail humain.

Sous forme de discussion-laboratoire, cette activité propose une réflexion sur l’avenir du travail, des interrelations économiques et, plus largement, de la solidarité sociale.

Non, les robots ne voleront pas votre emploi | Chronique à «Les éclaireurs» (Radio-Canada | audio)

Ma chronique de cette semaine au magazine Les Éclaireurs de Radio-Canada: la robotisation et l’avenir de l’emploi.

 

Les « manchettes catastrophistes et les exemples frappants » concernant la robotisation dans le milieu du travail font écho à des craintes similaires mises de l’avant à maintes reprises dans l’histoire de nos sociétés, selon l’économiste Ianik Marcil. D’après lui, chaque fois, les scénarios pessimistes anticipés ne se sont pas concrétisés.

Depuis 250 ans et le début de l’ère industrielle, l’amélioration des machines a toujours eu des répercussions sur les travailleurs en autonomisant certaines de leurs tâches. Il faut se souvenir, explique Ianik Marcil, que dans la plupart des cas, on parle de l’adaptation d’un emploi, pas de sa disparition. Inutile, donc, de tomber dans la dramatisation et l’exagération.

Métiers en voie de disparition
En fait, seulement de 5 à 9 % des métiers seraient menacés par la robotisation, déclare l’économiste. La société, par la redistribution des richesses et l’offre de nouvelles options à ces nouveaux chômeurs, peut absorber ces pertes d’emploi, comme elle l’a fait, par exemple, avec les allumeurs de réverbères, profession que la modernité a rendue désuète au cours du 20siècle.

Des robots capables d’apprendre
Les robots de notre époque ne servent plus seulement à la répétition de tâches manuelles. Ils sont désormais dotés d’un certain jugement et bénéficient d’une capacité d’apprentissage. L’innovation dans ce domaine peut donc sortir des usines pour aller chez un juriste, un radiologue ou un traducteur, par exemple.

 

Vente à pression dans les banques | Édito à «La Matinale» (CIBL | vidéo)

Une banque presse le citron de son personnel afin d’augmenter les ventes. En bout de piste, employés, consommateurs et épargnants sont tous coincés dans le même système. Mon édito de ce matin à « La Matinale » de CIBL 101,5 FM Montréal.

Le sous-développement des idées d’Alain Dubuc

NB: ce texte a été publié originellement le 11 janvier 2013 sur le site du Voir.

 

Dans sa chronique de ce matin, Alain Dubuc collige en à peine 600 mots l’ensemble des préjugés les plus paternalistes et condescendants qui soient sur les chômeurs en plus de faire la démonstration éloquente de son incompréhension totale – si ce n’est sa pure incompétence – en matière de politiques économiques. Il semble bien loin et révolu, le temps où ce monsieur étudiait à la maîtrise en sciences économiques.

Il affirme que la réforme de l’assurance-emploi, entrée en vigueur depuis le 1er janvier, est la « fin d’un cadeau empoisonné. » L’une des dispositions les plus importantes de cette réforme consiste à restreindre drastiquement l’accès aux prestations pour les travailleurs saisonniers. La thèse centrale de Dubuc repose sur le sempiternel fantasme de la motivation individuelle à travailler que saperaient les mesures de soutien étatiques héritées du keynésianisme d’après-guerre : « ce système est désastreux parce qu’il n’incite pas les gens à travailler. Pourquoi chercher un job si on a ses prestations d’assurance-emploi ? » questionne-t-il. En fait, « des régions entières vivent à ce rythme depuis des décennies, » pratiques qui « deviennent une forme d’organisation de la société » – l’assurance-emploi, un symbole qui revêt « presque un caractère identitaire, » « l’assurance-chômage comme mode de vie, » une « une tradition débilitante. » Au final, ces dispositions du régime d’assurance-emploi a « certainement contribué à maintenir ces régions dans un état de sous-développement. »

Attends un peu. Nos concitoyens de la Gaspésie, par exemple, seraient des débiles tétant les mamelles de l’État pour se maintenir dans un mode de vie ne les incitant pas à travailler ? Tu les achètes à quel prix tes poissons pêchés en Gaspésie, toi chose ?

Cette réforme inique, énième itération de l’entreprise de destruction des acquis sociaux par le gouvernement Harper repose précisément sur cette idée erronée : la volonté et l’action individuelles sont seules garantes du développement économique et social. Les structures communautaires et – encore moins – étatiques les interfèrent et découragent. Au mieux.

D’une part, Alain Dubuc se rabat sur une vision simpliste du comportement humain. Il serait tout à fait libre de contraintes – un libre-arbitre pur et éthéré sur lequel les institutions ne devraient avoir aucune prise. Mais pourtant, à le lire, elles en ont. Donc, il faut les détruire, puisqu’elles interfèrent sur nos décisions individuelles.

D’autre part, il fait preuve d’une méconnaissance absolue de la réalité de la dynamique économique de ce qu’on appelait jusqu’à récemment les « régions-ressources. » Celles-ci, dont l’économie est basée sur l’exploitation de la nature (la foresterie et les pêcheries, principalement), vivent au cycle des saisons. Exploitant la nature, elles en sont tributaires, par définition. Raison pour laquelle le régime d’assurance-emploi s’était adapté à leur rythme. Des poissons, cher confrère, ça se pêche mal en hiver.

Mais surtout, Alain Dubuc ramène un débat macroéconomique à des considérations individuelles – ce qui est la marque de commerce de tous les populismes. Comme l’ensemble des politiques de soutien social imaginées au 20e siècle, l’assurance-emploi (autrefois l’assurance-chômage) participait d’une volonté très simple : à la fois juguler les excès d’un capitalisme débridé et triomphant (généralement suite à des luttes sociales importantes) et à la fois réguler les aléas d’un système économique créant par essence des dysfonctionnements profonds. Les blancs ont habité la Gaspésie pour deux raison : exploiter la ressource halieutique et exploiter la ressource forestière. Deux activités par nature saisonnières. On a donc offert à ces travailleurs la possibilité de vivre de leur métier à l’année longue en bénéficiant d’un régime d’assurance-emploi couvrant la saison morte – qui était, historiquement, consacrée à la préparation de la prochaine saison active.

La réforme Harper renie complètement cette logique en coupant les prestations d’assurance-emploi de ces travailleurs, en exigeant de leur part de se trouver un emploi entre temps qui n’a aucun lien avec leur expertise (un pêcheur qui va vendre des téléphones cellulaires), payé de 30% à 40% moins que leur salaire habituel et jusqu’à 100 km de leur résidence.

Cette réforme n’a que très peu d’effets économiques. On encourage le « cheap labour » tout en n’aidant en rien des régions chroniquement victimes de la consommation outrancière de citadins, heureux de trouver sur les étals du Marché Jean-Talon le poisson, le homard ou le crabe des neiges frais des Maritimes qu’ils arboreront sur leur nappe souillée d’indifférence offerts à leurs convives tout aussi imbus de leurs idées reçues qu’est rempli leur verre de vin de bonne cuvée.

Ce que Monsieur Dubuc oublie complètement, c’est que ces mesures constituent autant de mécanismes de régulation de l’économie régionale – et donc, au final, pour l’ensemble du pays. Elles permettent de nous assurer – pas pour rien qu’il s’agit d’une assurance – collectivement que le rythme de la vie économique soit un peu moins tributaire des aléas des saisons et du marché. Il ne s’agit pas d’un luxe, mais, au contraire, d’une nécessité collective que le gouvernement Harper désire détruire au nom d’un pseudo engagement individualiste dans la vie économique.

En reniant ce principe avec mépris et condescendance, Alain Dubuc fait preuve d’une ignorance crasse de la réalité économique de régions entières du Canada et du Québec en particulier.

J’imagine que c’est en dégustant son délicieux crabe des neiges des Îles-de-la-Madeleine dans un petit bistrot outremontais qu’il a écrit sa chronique. Or il y a effectivement un « cadeau empoisonné »: offrir à ces idées une tribune aussi large que celle de La Presse laissant les Québécois qui la lisent dans un état de sous-développement intellectuel inique.


Post-scriptum (13 janvier)

Ayant reçu quelques commentaires critiques constructifs, je précise ici certains éléments:

1.- Il semblerait que mon allusion à la « consommation citadine » des fruits de la pêche ait été mal perçue. D’une part, je ne vois pas en quoi cela soit condescendant, comme on me l’a reproché. Au Québec, 80% de la population vit en milieu urbain – là réside donc le plus gros de l’activité économique, et donc de la consommation, de la province. Sans compter que ce sont les zones urbaines qui sont le moteur du développement économique marchand et productif (cf. à cet égard le toujours pertinent ouvrage de Jane Jacobs, Les Villes et la richesse des nations, Montréal, Boréal, 1992). D’autre part, il importe de noter que c’est effectivement la soif de consommation à bas prix qui a alimenté la surpêche et les problèmes que des régions comme la Gaspésie vivent. On m’a fait remarquer qu’on ne mangeait plus beaucoup de poissons ou fruits de mer pêchés dans l’Est. C’est en partie vrai, particulièrement à cause de la concurrence incroyable de poissons et crustacés venus d’un peu partout dans le monde (crevettes ou pangasius asiatiques) qui a fait chuter les prix.

2.- La critique fondamentale sous-jacente à mon coup de gueule est très simple: les nouvelles contraintes à l’assurance-emploi reposent sur le postulat idéologique selon lequel ces mesures gardent artificiellement les travailleurs dans un état de dépendance à un mode de vie économique qui ne serait plus viable – la « tradition débilitante » dont parle Alain Dubuc. En retirant ces privilèges, apparaitraient comme par magie de nouvelles activités économiques remplaçant celles-là. Or il s’agit là d’une logique perverse: les travailleurs n’ayant plus le soutien de l’État comme c’était le cas auparavant créeraient ex nihilo de nouvelles industries ? C’est insensé. « Nous » avons habité ces régions-ressources pour les exploiter. L’exploitation des ressources naturelles est de plus en plus impossible. Je ne prône pas le maintien dans un état de dépendance chronique ces régions. Cependant: (1) Nier la spécificité du travail saisonnier, caractérisé par des efforts intenses sur une courte période (au cours de laquelle ces travailleurs sont occupées 12h par jour sinon plus à leur boulot) et une période de jachère destinée, entre autres, à préparer la prochaine saison, fait preuve d’une méconnaissance et/ou d’un mépris profonds de leur réalité économique. (2) Ces régions ont probablement besoin de se renouveler, de se diversifier – pensons à l’industrie agrico-touristique de niche qui s’est développée dans Charlevoix ou en Estrie. Cela fait plus de 15 ans que j’œuvre en développement économique régional et je suis le premier partisan de la transformation économique de ces régions, afin de les soustraire à une dépendance asservissante à quelques ressources qui ne génèrent que très peu de richesses pour leurs communautés. Cependant, ça n’est pas en punissant ces travailleurs et en leur demandant d’accepter des emplois sous-payés à des dizaines de km de leur résidence qu’on y réussira, mais bien en investissant temps et ressources dans cette diversification, avec les acteurs économiques locaux. La réforme de l’assurance-emploi n’a aucun effet structurant, bien au contraire: elle n’aura que des effets destructeurs d’un tissu économique extrêmement fragile.

3.- L’assurance-emploi, comme son nom l’indique, est une assurance. Une assurance obligatoire, comme l’est l’assurance-automobile. Il ne s’agit pas d’une subvention de l’État mais bien d’un espèce de « contrat social » entre les travailleurs et les employeurs. Les deux sont obligés d’y souscrire et ce régime appartient – devrait appartenir – aux travailleurs, pas à l’État. Le gouvernement Harper ne fait que poursuivre l’entreprise de destruction amorcée par les libéraux en s’accaparant indument (voire illégalement) le contrôle du régime d’assurance-emploi à des fins purement idéologiques.